Où suis-je?

Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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Monsieur Spade
Sam Spade a quitté San Francisco et a pris sa retraite dans un village du sud de la France, veillant d'un œil sur la fille de Brigid O'Shaughnessy. Un meurtre dans le pensionnat tenu par des religieuses où est scolarisée l'adolescente force Spade a retrouver ses vieux réflexes de détective privé alors qu'il est pris malgré lui dans une affaire aux multiples ramifications.

Au début des années 2010, Tom Fontana, créateur d'Oz pour HBO, s'était retrouvé à gérer une série franco-allemande pour Canal+ intitulée sobrement Borgia. Seul le titre était sobre car les trois saisons qui la constituaient étaient un festival de sévices en tout genre et de scènes de sexe à faire passer Game of Thrones pour une aventure de Oui-Oui. Tout cela pour une réception mitigée et des comparaisons souvent défavorables avec la version de Showtime sur le même clan diffusée dans les mêmes eaux. L'expérience n'a cependant pas dû être entièrement négative puisque Fontana revient en France et vers Canal+ en entraînant Scott Frank (Godless, Logan ou encore Le Jeu de la Dame) dans l'aventure. Cette fois-ci, il s'attaque à Dashiell Hammett ou en tout cas à l'un de ses héros les plus célèbres, Sam Spade, un des modèles du privé de roman noir immortalisé à l'écran par Humphrey Bogart dans Le Faucon maltais. En le délocalisant à Bozouls au début des années 60.

Explorer une période inconnue de la vie d'un personnage de roman, pourquoi pas. Souvent ce sont ses débuts, parfois ses vieux jours comme ici, encore que Spade est bien vivace sous les traits de Clive Owen (Bogart fait tellement référence qu'on oublie que dans le roman, Spade est blond mais c'est très secondaire). Néanmoins, assez vite et l'acteur n'est pas en cause, on se dit que Spade aurait pu être un privé créé de toutes pièces pour l'occasion sans que cela change grand chose à l'affaire tellement il est générique, ou qu'on aurait aussi pu choisir Philip Marlowe pour le même résultat. Spade est bien moins fréquentable et très peu "Meetoo compatible" dans le livre, un gars que l'on croit pourri et qui surprend son monde en ayant quelques principes inébranlables. Pas de doute ici qu'il est droit dans ses bottes même s'il est renfermé et sarcastique.

Spade n'est, passé le premier quart d'heure, pas suffisamment un poisson hors de l'eau pour que le voyage compte vraiment. Le choix du contexte est incongru mais intéressant: la campagne française alors que les engagements des uns et des autres durant la Seconde Guerre Mondiale pèse encore et que la Guerre d'Algérie est en cours de l'autre côté de la Méditerranée. Le détective retraité est mêlé à une sombre histoire de meurtres et à la recherche d'un mystérieux gamin mutique et obsédé par les chiffres tandis que s'en mêlent le MI6, les services secrets français, la gendarmerie, l'OAS, un moine sorti du Da Vinci Code, n'en jetez plus. Avec des intrigues secondaires sur des personnages trainant leur traumatisme sur six épisodes, on est loin de la concision et du style sec de Hammett. Ce n'est pas mauvais pour autant, rien de honteux mais pourquoi Spade à part pour rameuter les gogos (dont moi, donc)?

Avec un casting mêlant principalement francophones et anglophones, on se retrouve avec un jeu d'acteurs très inégal. On sent une artificialité surtout chez les premiers. Est-ce un problème de dialogues pensés avant tout en anglais et qui roulent moins bien en bouche une fois traduits? De direction d'acteurs (Scott Frank a réalisé les six épisodes)? Quand ça cause entre anglophones, ça passe, quand la distribution française parle anglais, moins, et en français, c'est souvent plat même s'il faut saluer l'effort d'Owen et que Denis Ménochet, sans surprise, est celui qui s'en tire le mieux tandis que Cara Bossom au contraire a une diction bien trop travaillée pour sonner juste. Sans parler des bizarreries comme les réflexions des Français sur le nom de Samuel Spade qu'ils trouvent ridicule alors qu'il n'y a pas de raison.

Sur le papier, l'idée était originale, à l'écran la sauce ne prend jamais vraiment sans que le spectacle soit honteux, tiraillé entre l'envie de traiter d'une enquête dans un contexte finalement peu montré à l'écran, encore plus pour un public américain, d'être en phase avec son époque et celui de faire revivre un privé de légende mais qui aurait sans doute mieux fait de rester à San Francisco.
potion préparée par Zakath Nath, le Vendredi 23 Février 2024, 17:30bouillonnant dans le chaudron "Séries tv".