Où suis-je?

Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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Alice, Sweet Alice
Lorsque Karen Spages est assassinée juste avant sa première communion, sa mère n'ose envisager que le meurtre ait pu être commis par Alice, sœur aînée de la victime, à peine âgée de douze ans. Le comportement d'Alice est pourtant de plus en plus inquiétant alors que les attaques à l'arme blanche continuent dans le voisinage.

Je ne sais pas exactement ce qu'il y a dans les quelques films d'horreur des années 70 que j'ai pu voir qui me met aussi mal à l'aise mais indéniablement, il y a quelque chose que je ne ressens pas de la même manière chez les autres, aussi réussis et dérangeants puissent-ils être. Est-ce le style de photographie en vogue à l'époque? De musique? Le look des acteurs? Le fait que l'on commençait à aborder crument et ouvertement des sujets jusqu'alors tabou ou traités symboliquement ou par sous-entendus? Que l'on n'avait pas recours aux jump-scares à gogo pour faire réagir les spectateurs? Un mélange de tout cela à la fois et d'encore autre chose que je ne discerne pas? En tout cas, une fois encore, ce malaise particulier s'est manifesté devant Alice, Sweet Alice, un slasher précédant Halloween de deux ans, passé alors inaperçu mais qui s'est taillé avec le temps un statut de film culte. Cela dit, le film ne ménage pas sa peine pour mettre mal à l'aise.

La décennie 70 aura été marquée par des gamins flippants: la pauvre Reagan possédée par Pazuzu, Damien l'Antéchrist et même Michael Myers a commencé petit. Alice Spages n'a rien à leur envier, adolescente en apparence ordinaire mais qui ne tarde pas à montrer un comportement inquiétant. Pourtant, malgré les crimes dont son entourage la soupçonne ou refuse de la soupçonner, difficile de ne pas se dire que son environnement est tellement gratiné qu'elle n'est que la manifestation la plus violente de la monstruosité de celui-ci: un propriétaire répugnant et libidineux qui lui fait des avances, une tante qui ne cache pas son hostilité envers elle, un prêtre beau gosse qui chouchoute exagérément sa petite sœur et se montre trop prévenant envers sa mère, ladite mère qui ne voit pas l'eau à la mer chez les uns et chez les autres, des flics qui font des commentaires sur la poitrine d'Alice après l'avoir interrogée, un évêque gâteux, la bonne du curé qui veille jalousement sur sa charge au point de filtrer ses appels dans les moments urgents... Tout le monde, du clergé à la police en passant par la petite famille américaine, en prend tellement pour son grade que la personnalité d'Alice n'est pas ce qui rend le film le plus oppressant.

Alfred Sole n'a pas réalisé une demi-douzaine de films, chacun ayant eu un destin contrarié ou une réception confidentielle. Il a par la suite plutôt travaillé comme décorateur, notamment sur des séries comme Castle. Alice, Sweet Alice peut du coup passer comme un petit miracle dans une filmographie mince et qui ne détonne pas vraiment (un de ses film a carrément disparu corps et bien). Sole fait en tout cas preuve d'un sacré savoir-faire dans la mise en place de l'angoisse, avec finalement peu de meurtres mais ces derniers sont marquants. Il ne dédaigne pas le grotesque souvent généré par ses personnages, un des meilleurs exemples est la scène de la découverte du corps de Karen: horrible compte-tenu du sort de l'enfant et de la détresse de sa mère mais les réactions exagérées de la tante Annie, les gros plans sur les visages, l'allure des ouailles, sont également propices aux sourires nerveux. Le film ne sombre pourtant jamais dans la parodie anticipée du slasher ou le nanar volontaire mais contribue à ne pas faire d'Alice la seule bizarrerie du monde dans lequel elle évolue.

Le choix de Paula Sheppard dans le rôle-titre est particulièrement judicieux. Âgée de 19 ans au moment du tournage, elle est physiquement crédible en fille de douze ans mais sa voix sonne plus mature, la rendant étrangement décalée. Une jeune Brooke Shields a peu de temps à l'écran dans le rôle de Karen mais rend parfaitement le côté agaçant d'une petite sœur plus jolie et favorisée mais qui pleurniche beaucoup. Alphonso DeNoble, à l'époque videur de boite de nuit et escroc extorquant de l'argent aux visiteurs de cimetière à qui il faisait croire qu'il était prêtre, est moins un acteur qu'un personnage haut en couleur et il doit le rôle autant à son physique qu'à la façon dont il a attiré l'attention de Sole (en essayant de lui taper du fric dans un cimetière déguisé en prêtre donc) mais il est l'une des figures les plus mémorables et terrifiantes du film. Mildred Clinton tire aussi son épingle du jeu en domestique austère qui en sait plus qu'elle ne le montre.

Louons encore une fois les éditions Rimini de mettre ou remettre en avant ces films d'horreur boudés à leur sortie ou oubliés et qui pourtant ne manquent pas de qualités. Alice, Sweet Alice, dérangeant et insolent, est un bel exemple de cette production qui ne demande qu'à être redécouverte et plus largement connue.
potion préparée par Zakath Nath, le Dimanche 14 Mai 2023, 20:43bouillonnant dans le chaudron "Films".


Ingrédients :

  maw
maw
15-05-23
à 23:35

Un de mes films pref! Une vraie pepite

  Zakath-Nath
Zakath-Nath
16-05-23
à 09:35

Re:

Oui, ça a été une très bonne surprise!