Où suis-je?

Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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Le Passage du Canyon
En 1856, Logan Stuart accepte d'escorter une jeune femme, Lucy, à Jacksonville dans l'Oregon pour qu'elle y retrouve son fiancé, George Camrose. Ce dernier, vieil ami de Logan, trafique l'or que lui confient les prospecteurs de la région pour éponger ses pertes au poker. La tranquillité de la petite ville va être troublée par les méfaits de Bragg, la brute locale.

Je n'avais pas été conquise par le roman d'Ernest Haycox dont ce film de Jacques Tourneur est l'adaptation. Ce livre est-il le moins réussi de son auteur que j'ai lu (puisque j'ai grandement apprécié les deux autres)? N'étais-je pas d'humeur à l'apprécier à l'époque ou en attendais-je autre chose? Tourneur, par la grâce de sa mise en scène, transcende-t-il un scénario par ailleurs fidèle à l’œuvre qui lui a servi de base? Tout cela à la fois? Ce western m'a en tout cas bien plus séduite que sa version de papier.

On y retrouve peu ou prou les mêmes personnages et les mêmes péripéties: on suit surtout, à la manière d'une chronique, la vie dans une petite ville en développement, où se croisent prospecteurs et fermiers désireux de s'installer durablement malgré des autochtones qui, de manière fort compréhensible, ne voient pas d'un bon œil les nouveaux venus s'implanter sur leurs terres. Réalisé en 1946, le film ne s'est pas imposé comme un classique du genre, loin s'en faut: il est rarement cité dans les compilations des plus grands fleurons du genre. Peut-être ce relatif anonymat dont il sort tout de même depuis quelques années et cet intérêt qui pousse à le réévaluer tiennent-ils en partie à des protagonistes plutôt inhabituels. Au premier abord, Logan, interprété par Dana Andrews, a tout du héros intègre et solide. De fait, il l'est, mais ses décisions pour nobles qu'elles soient n'ont pas toujours des résultats positifs: ainsi, il épargne Bragg lors d'une bagarre alors que la foule aurait trouvé naturel qu'il l'achève mais le même Bragg va plus tard déclencher un massacre après avoir agressé une jeune Indienne. George Camrose, que Brian Donlevy joue avec une veulerie ordinaire qu'il maîtrise décidément dans les films où je l'ai déjà croisé, porte tous les traits du vieil ami qui va se révéler traitre d'un moment à l'autre mais son parcours, tout condamné qu'il soit, ne suit pas exactement ce chemin. La bonhomie de quelques personnages ne cache pas un racisme très présent (les sous-titres français ont d'ailleurs atténué ce dernier, traduisant à plusieurs reprises "red beasts" par des termes bien plus neutres)...

Touche-à-tout, Tourneur est néanmoins probablement plus connu pour ses films noirs ou fantastiques. Il se montre parfaitement à l'aise ici, plongeant le spectateur avec une apparente facilité dans de superbes décors: des premières minutes dépeignant une ville de Portland pluvieuse et boueuse aux paysages bucoliques de l'Oregon que Logan et Lucy gagnent ensuite, tout est un plaisir pour l’œil. Le tempo est d'abord lent, d'une paix trompeuse, et le déroulement pourrait sembler plan-plan mais ce calme apparent se retrouve brutalement interrompu à plusieurs reprises: la bagarre entre Logan et Bragg est étonnamment brutale pour l'époque, les réjouissances après la construction de la ferme sont momentanément suspendues quand l'apparition de trois Indiens amène une tension inattendue... Il faut également souligner le passage particulièrement frappant visuellement lors de la traque finale de Bragg où la forêt verdoyante dans laquelle il se cache se retrouve parsemée de feuilles rouges.

En plus de Dana Andrews et Brian Donlevy déjà cités, un mot sur le reste de la distribution: Susan Hayward campe avec aplomb le rôle jamais évident et rarement gratifiant de la femme partagée entre deux hommes, Ward Bond est idéal en grosse brutasse, Hoagy Carmichael vient pousser la chansonnette mais bénéficie d'un vrai rôle d'observateur de la communauté (cela dit, sa ressemblance avec Enzo Cilenti est un peu troublante), quant à Andy Devine à la voix de crécelle, il hérite d'un rôle moins comique-trouillard que ce à quoi il nous avait habitué chez John Ford.

Ce qui au premier abord pourrait ressembler à un petit western modeste de série B, avec ses têtes connues mais sans véritables grosses stars non plus, s'avère une œuvre visuellement léchée au ton combinant touches réalistes de la vie des colons et lyrisme des paysages de l'Oregon. Ce Passage du Canyon mérite amplement d'être redécouvert.
potion préparée par Zakath Nath, le Dimanche 6 Juin 2021, 17:07bouillonnant dans le chaudron "Films".