Où suis-je?

Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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La Corde
Deux étudiants, inspirés par la rhétorique de leur professeur, assassinent un de leur camarade. Avant de se débarrasser définitivement du corps, ils organisent une soirée dont les convives comprennent la fiancée et les parents de la victime ainsi que leur enseignant.

Pour sa première collaboration avec James Stewart et son premier film en couleur Alfred Hitchcock signe l'adaptation d'une pièce de théâtre de Patrick Hamilton, Rope, qui avait rencontré le succès à Broadway quelques années auparavant. Comment éviter qu'un huis-clos ne ressemble trop à du théâtre filmé? Pour Hitchcock, c'est l'occasion d'expérimenter en guidant le regard du spectateur par un long plan séquence couvrant les quasi 1h20 que dure le film. La mèche est vendue depuis longtemps et la révélation prévisible quand on connait la longueur des bobines avec lesquelles on tournait à l'époque: il était techniquement impossible de faire un seul plan-séquence et l'on en a donc une succession qui durent entre cinq et dix minutes chacun. Cela n'atténue en rien la performance puisque la difficulté, pour donner l'illusion d'un plan continu, est de rendre invisible les transitions. Cet exploit technique va cependant pousser avec le temps Hitchcock à dédaigner le film, vu comme un simple gadget, ce qui est injuste.

En effet, il ne s'agit pas seulement d'en mettre plein les yeux. La réalisation est fluide mais pas tape-à-l’œil, laissant la caméra fixe quand il le faut. Hitchcock démontre encore une fois son talent pour instaurer du suspense. Ainsi, on a beau être révulsé par l'acte des deux étudiants et vouloir qu'ils soient démasqués, en particulier le meneur, Brandon, lorsque leur gouvernante commence à faire du rangement et menace d'ouvrir le coffre où se trouve le cadavre, on ne peut s'empêcher d'espérer qu'elle en soit empêchée à temps, comme si la panique de Philip, l'étudiant plus influençable, était contagieuse. La galerie de personnages est réduite mais ils sont tous brossés par petites touches, de la fiancée du disparu à la tante de celui-ci passionnée d'astrologie et les dialogues s'amusent à évoquer le film précédent du réalisateur.

Les trois personnages principaux sont passionnants à observer. On devine que Brandon et Philip sont en couple et le premier a clairement l'ascendant sur le second qui ne serait sans doute pas passé à l'acte de son propre chef, sans qu'il ne soit non plus dit que c'était uniquement l'idée de Brandon. Ce dernier est bien plus manipulateur et sadique, s'amusant à l'idée d'inviter le père de sa victime, de rabibocher la fiancée de celle-ci avec son ex qui ne s'imagine pas avoir perdu son rival et de quelle façon, allant jusqu'à utiliser l'arme du crime comme accessoire. En face, leur professeur, Rupert Cadell, est un libre-penseur qui aime émettre des théories provocantes, sans imaginer réellement qu'elles puissent être mises en application et qui va peu à peu prendre conscience à la fois du meurtre et de son rôle involontaire dans celui-ci.

Le casting est sans fausse note. J'ai toujours du mal avec Farley Granger et sa tronche en biais mais il colle bien au rôle du timoré Philip tandis que l'on a envie d'effacer rapidement le sourire du visage de John Dall, acteur surtout connu pour ce film et le Gun Crazy de Joseph H. Lewis et qui campe ici avec l'aplomb adéquat un monstre d'arrogance. Plus habitué jusqu'ici au personnage du brave américain auquel le public de l'époque peut facilement s'identifier, James Stewart a l'occasion de varier un peu sa partition. Il joue certes celui qui va s'employer à faire éclater la vérité mais il campe jusque là un intellectuel qui s'amuse de ses propos dérangeants sans en mesurer les implications possibles.

La Corde, grâce à son écriture et l'interprétation des acteurs, ne se résume ainsi pas à un exercice de style, aussi virtuose soit-il. On osera donc être en désaccord avec Alfred Hitchcock lui-même sur l'appréciation de ce film qui vaut le détour à plus d'un titre.
potion préparée par Zakath Nath, le Lundi 12 Février 2024, 16:23bouillonnant dans le chaudron "Films".