Où suis-je?

Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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The Host
À Séoul, sur les rives du fleuve Han, Gang-du aide péniblement son père à tenir un petit snack. Par une belle journée, un monstre amphibien sorti de l'eau attaque les promeneurs et enlève Hyun-seo, la fille de Gang-du. Ce dernier et sa famille vont s'efforcer de la retrouver alors que les autorités ont bouclé l'accès au fleuve.

Le début des années 2000 a vu arriver de Corée du Sud quelques réalisateurs dont les films allaient durablement s'imposer comme des classiques, souvent dans des domaines tels que le thriller ou le fantastique. Parmi cette nouvelle vague de metteurs en scène, on peut citer Bong Joon-ho, dont le troisième long-métrage, The Host, fut sélectionné pour la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2006. On ne reviendra pas sur la suite de sa carrière et sa consécration internationale avec Parasite mais déjà, son film de monstre témoignait d'un goût pour la fable matinée de critique sociale. Le point de départ est simple: des produits toxiques sont déversés dans le fleuve Han sur ordre d'un membre d'une base américaine, quelques années plus tard la substance a favorisé la naissance d'un gloumoute amphibie qui va semer la désolation sur les rives du fleuve et une modeste famille va tenter de sauver l'un de ses membres, enlevé par le monstre.

On pourrait s'attendre alors à une simple traque dans les égouts. La taille relativement modeste de la créature, loin de Godzilla, et son aspect pataud dans ses premières attaques peinent à en faire une menace difficile à vaincre pour un groupe armée. Le réalisateur ne va pas s'employer à montrer une lutte qui normalement ne devrait pas être si déséquilibrée en faveur du monstre mais à suivre Gang-du, père de famille immature et un peu bêta, qui veut sauver sa fille laissée pour morte. Avec son vieux père, sa sœur archère contrariée et son frère diplômé mais chômeur, il se heurte à chaque tournant aux institutions qui refusent de l'écouter, le méprisent puis le voient comme une menace. Si le film peut au premier abord sembler simplement anti-américain (la menace existe à cause de négligences sur l'une de leur base, ils agitent la menace d'un virus...) le film se montre très critique envers ses figures d'autorité: policiers et membres du corps hospitaliers sont bornés, ne contrôlent rien tout en mettant des bâtons dans les roues des protagonistes. Si Gang-du semble au départ n'être qu'un simple benêt irresponsable et amorphe (ce que dément toutefois sa promptitude à aider les gens enfermés dans une caravane avec le monstre lors de la première attaque), ses difficultés semblent liées à des carences alimentaires contractées durant l'enfance. Son frère qui a pu faire des études ne trouve pas de travail et un de ses amis qui a lui su décrocher un poste très demandé dans les télécoms est lourdement endetté... La petite famille de prolo aux relations tendues va néanmoins réussir à se serrer les coudes pour sauver une fillette avec l'aide opportune d'un SDF rencontré par le frère cadet. Le message n'est pas subtil mais il est nettement plus limpide que les eaux du fleuve.

La créature a un petit peu vieilli tout comme les effets de flammes qui l'engouffrent vers la fin mais son design est réussi. On peut toutefois être déconcerté par le ton: après un début très premier degré, l'humour se fait plus marqué, les personnages par moment ridicules: la détresse de la famille Park quand elle se recueille en croyant encore Hyun-seo morte tourne à une foire d'empoigne tellement peu digne qu'elle fait rire nerveusement, scène suivie par un responsable sanitaire qui se casse la figure dans un grand esprit peau de banane... Il ne s'agit pas vraiment de gags ponctuels pour désamorcer la tension, d'autant que le film prend des tours nettement plus sombres, n'hésitant pas à tuer des personnages que l'on aurait pu imaginer intouchables mais l'on ne sait pas toujours sur quel pied danser même si cela fait parfois mouche (les employés se demandant si la récompense pour livrer les Park est imposée ou non, par exemple).

Song Kang-ho, acteur fétiche de Bong Joon-ho qu'on a pu voir par ailleurs dans pas mal d'autres films sud-coréens arrivés chez nous, n'a pas de mal à susciter la sympathie dans le rôle de Gang-du bien que provoquant une certaine impatience au début avant de mieux le comprendre. Byun Hee-bong est touchant dans le rôle de son père, seule personne à ne pas le sous-estimer tandis que Go Ah-seong s'en tire bien en gamine à sauver qui passe une bonne partie du film couverte de crasse. Dans les rôles du frère et de la sœur de Gang-du, Park Hae-il et Bae Doona sont aussi très bien même si leur parcours est probablement plus attendu, notamment la seconde avec son arc de Tchekhov qu'on voit venir dès sa première scène.

The Host suit les étapes du film de monstre qui se respecte tout en ménageant quelques surprises tandis que Bong Joon-ho en profite pour égratigner la société sud-coréenne et l'ingérence américaine, et si l'on n'est pas pris au dépourvu par les ruptures de ton, il y a tout à savourer dans cette pépite du genre.
potion préparée par Zakath Nath, le Dimanche 24 Mars 2024, 21:10bouillonnant dans le chaudron "Films".