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Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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The Crown, saison 1 épisode 10: Gloriana
Margaret a désormais 25 ans et elle est toujours décidée à épouser Peter Townsend mais de nouvelles complications apparaissent et Elizabeth va devoir faire face à un choix cornélien. Oui, cornélien.

Nous voici rendus au dernier épisode de cette première saison, et tout d'abord, je suis heureuse d'avoir pu tenir les délais et de faire ce recap avant la diffusion de la saison 2 qui arrive le 8 décembre. Et puisqu'on parle du futur de la série, on sait déjà qui remplacera Claire Foy, puisque le casting va intégralement changer toutes les deux saisons, ce qui est un choix radical mais probablement plus judicieux que d'affubler la distribution d'un maquillage de plus en plus lourd. Bref, Elizabeth II dans les saisons 3 et 4 sera jouée par Olivia Colman, qui s'est principalement illustrée dans Broadchurch ou The Night Manager, mais qui a un CV long comme le bras et plus grand chose à prouver. Autant dire que ça s'annonce très bien même s'il reste pas mal de rôles importants à remplir (Philip évidemment, la Queen Mum, Charles adulte, Margaret Thatcher, Diana...). Mais si les prochains noms sont à l'image de celui-ci, on va regretter la distribution qu'on a suivi deux saisons, mais on aura au moins l'assurance qu'elle laisse la série en de bonnes mains.

Mais on en parlera quand on y sera, pour l'instant on attaque le final de la saison 1, et s'il est cohérent au niveau du thème principal et de son traitement avec le reste de la saison, il me pose néanmoins soucis. Voyons pourquoi.

On commence avec un flash-back, le 10 décembre 1936, peu avant l'abdication d'Edward VIII, qui pour l'heure, s'amuse à valser avec Wallis.

Comme je l'ai déjà signalé dans le résumé de l'épisode 3, il s'agit d'une inexactitude historique pour les besoins de la narration, puisque Wallis était alors en France et pas vraiment d'humeur à guincher, mais ça illustre bien le caractère inconséquent d'Edward, donc admettons. Ils sont interrompus par un valet annonçant le duc et la duchesse d'York et Edward accepte de recevoir le premier mais pas la seconde. Bertie est donc introduit et profitons-en car c'est la dernière fois qu'on le voit dans la série, puisque Jared Harris a apparemment dit qu'il n'a rien tourné pour la saison 2 et plus on avancera dans le temps, moins il sera probable d'intégrer des flash-backs avec ce personnage.

Bertie veut savoir si Edward a pris sa décision et si celle-ci est bien celle qu'il craint. Il comprend que son frère adoré aime Wallis, mais vraiment, au point de la faire passer avant le royaume et le reste de sa famille?

Et comment, que je vous plaque tous pour ses beaux yeux, lui dit peu ou prou son frangin, mais pas de panique, tu vas être parfait pour le job, et puis toi tu as de la chance d'avoir une femme et des filles pour t'appuyer.

La mention de ses filles n'est pas pour rassurer Bertie, qui est consterné, persuadé que le fait d'être arrachées à leur vie tranquille de membres secondaires de la famille royale, avec tous les avantages et peu des inconvénients va les détruire. Aussi avertit-il son frère que très bien, qu'il se marie avec Wallis... mais alors qu'ils débarrassent le plancher vivre leur grand amour ailleurs.

"Le frère se retourne contre le frère" remarque aigrement Edward (euh, coco, y'a pas deux minutes tu disais sans sourciller être sûr de faire passer ta dulcinée avant ton frérot mais maintenant tu essaies d'en faire le Caïn de l'histoire?). "Paie-moi, et je m'en irais" ajoute-t-il, parce qu'il y a bien un domaine dans lequel il faisait preuve d'une remarquable constance, malgré tout.

Accablé par cette entrevue, une fois rentré chez lui, Bertie convoque ses filles qui jouaient innocemment sans vraiment comprendre la crise politique qui se déroule depuis un moment et qui est sur le point de trouver sa conclusion. En substance, Bertie leur explique que leur oncle les a tous laissés tomber en privilégiant sa vie sentimentale à sa propre famille, et il fait donc jurer à Elizabeth et Margaret que quoi qu'il arrive, elles ne laisseront rien ni personne se mettre entre elles et qu'elles ne se trahiront jamais.

Elles jurent évidemment, parce qu'elles peuvent difficilement imaginer, surtout à leur âge, un temps où elles seront moins soudées, et elles ne veulent pas contrarier davantage leur cher papa qui a l'air d'y tenir.

Je doute que George VI ait explicitement demandé une telle promesse de ses filles même si leur unité familiale lui tenait à cœur, mais ce n'est pas le problème que me pose cette séquence: je détaillerai plus tard mais l'ennui, c'est que j'ai l'impression que Peter Morgan veut qu'on interprète cette promesse d'une certaine façon, mais que je la prend totalement dans l'autre sens, ce qui m'empêche de totalement adhérer à cette sous-intrigue.

Après ce pré-générique touchant malgré l'imbroglio qu'il annonce, on se retrouve en 1955, avec une Margaret fêtant ses 25 ans, ce qui signifie qu'elle n'a plus besoin de la permission de la reine sa sœur pour épouser l'homme de ses pensées. Elle a tenu sa part du marché en restant loin de lui pendant deux ans, à Elizabeth de respecter la sienne en la laissant faire ce qu'elle veut désormais.

Elizabeth est naturellement heureuse pour sa sœur et ne demande pas mieux que de respecter sa part du marché, mais on sait déjà que cela ne va pas se passer comme sur des roulettes. C'est un autre problème de l'épisode: au cours de la saison, on a souvent eu une situation où Elizabeth voulait faire plaisir à son mari ou Margaret et leur annonçait un peu vite qu'ils obtiendraient ce qu'ils voulaient avant d'être contrainte de reculer. Mais à chaque épisode une situation et une reculade. Là, on va avoir régulièrement un nouvel obstacle, ce qui est lassant, et il est difficile de croire que la reine soit aussi peu au courant de toutes les subtilités qu'on lui présente, surtout quand sa connaissance de la Constitution a été mis en avant plus tôt.

Bref, ça commence lors d'une causerie avec son secrétaire privé où après avoir expédié les affaires courantes, Elizabeth met sur le tapis les fiançailles de sa sœur, qui n'est plus contrainte par l'Acte Royal sur le Mariage d'avoir sa permission pour convoler.

Adeane soulève alors la paille: il y a une deuxième partie à cet Acte. Margaret a juste le droit d'annoncer son intention de se marier sans la permission de sa sœur, mais les deux chambres du Parlement doivent être d'accord, et seulement douze mois après, le mariage pourra avoir lieu.

Elizabeth est fort marrie qu'on ne lui ait pas fait part de cela deux ans auparavant, et voit d'ici la réaction de Margaret (et nous donc...). On découvre aussi, sans surprise, qu'Adeane est en contact avec Tommy Lascelles, qui tirait les ficelles depuis le début.

Enfin, Lascelles, et surtout sa patronne la Queen Mum. Au départ, cela leur semblait une bonne idée parce que la reine-mère n'imaginait pas une Margaret suffisamment amoureuse de Townsend pour poireauter deux longues années. Un godelureau quelconque allait forcément faire tourner la tête à sa fêtarde de fille cadette. Pas de chance, Margaret est toujours toquée de l'ex-écuyer, et a su tenir son engagement.

Résultat de cette brillante manœuvre, la reine est désormais dans une situation délicate: refuser à sa sœur le mariage créerait une division dans la famille royale, mais lui donner sa permission la mettrait en conflit avec l'Église qu'elle représente et qui ne reconnait pas le remariage des divorcé(e)s dont l'ex est encore en vie. Bonne chance Adeane pour te dépatouiller de cette affaire.

Quoiqu'il en soit, la famille royale profite encore pour l'instant de ses vacances à Balmoral et Philip en profite pour apprendre à pêcher à Charles, qui n'est pas jouasse à l'idée de prendre un ver qui se tortille dans sa main (je le comprend, mais son père est beaucoup moins patient face à cette délicatesse).

Elizabeth essaie de prévenir Margaret qu'il faudra encore un peu patienter car il reste quelques difficultés à aplanir et est logiquement mal reçue, même quand elle essaie après coup de rassurer sa sœur, à bout de patience.

Après quoi sa mère lui fait part de ses inquiétudes vis-à-vis de Philip, qu'elle trouve trop brutal avec Charles. Elizabeth affirme qu'il est un père merveilleux, et n'a pas trop l'air de toute façon d'être regardante quand ses enfants sont concernés, mais la Queen Mum sent bien que le duc se décharge de ses frustrations sur un gamin qui n'a pas du tout la même personnalité que lui, et qu'il serait bon de lui trouver une occupation: pourquoi ne pas l'envoyer en Australie pour l'ouverture des Jeux Olympiques, ça l'occuperait et lui donnerait l'occasion de sortir un peu de l'ombre de sa femme?

Philip confirme la scène suivante qu'il est nettement plus impliqué que sa femme dans la vie de ses enfants, mais que ça ne la rend pas plus épanouissante pour autant, surtout en ce qui concerne le pauvre Charles. Il affirme en effet à Elizabeth qu'il y a un problème avec leurs enfants, ils sont inversés, Charles est une fille et Anne un garçon. Parce que Charles fait des manières quand il pêche.

Au secours.

Elizabeth trouve qu'il exagère mais au fond s'en fiche un peu, elle met le projet Jeux Olympiques sur le tapis, et incroyable, Philip n'est pas content.

Ouin,ouin, on cherche à m'éloigner parce qu'on ne m'apprécie pas, et je vais être loin des enfants pendant des semaines, je vais leur manquer (et ses études de genres encore plus, j'imagine). Il a également l'impression qu'on espère qu'il revienne de ce voyage différent, plus dans le moule et finalement, Elizabeth commence à craquer.

Oui chéri, tu as bien deviné, on aimerait tous que tu reviennes d'Australie transformé. Comme on dit outre-Manche, "put that on your pipe and smoke it".

Aussi un peu plus tard, après être tombé sur un reportage évoquant la romance entre Peter et Margaret, il croise sa belle-sœur dans un couloir et ils ont un petit moment de complicité.

On ne les a jamais vu seuls jusque-là et rien ne laisse penser qu'ils sont très proches (je ne pense pas que deux personnes aussi fortes en gueule peuvent bien se supporter au quotidien) mais ils sont rapprochés par leurs frustrations, qui trouvent un exutoire en Elizabeth, responsable de tous leurs malheurs.

Pendant ce temps-là, Anthony Eden et sa femme sont venus séjourner à Balmoral, car même en vacances, Elizabeth doit être en contact avec son Premier Ministre, surtout qu'il s'en passe des choses dans le monde. Mais si publiquement Eden a l'air toujours frais comme un gardon...

... en réalité il continue de souffrir et se gave de médoc.

La reine n'en sait rien pour l'instant et lui propose, puisqu'on est à la campagne, de profiter du grand air au lieu d'avoir leur réunion en espace clos. C'est donc au volant de sa jeep qu'elle va écouter Eden lui résumer son récent voyage en Égypte.

Le voyage peut se résumer en un mot: fiasco. Mais quand on entre dans les détails, on réalise que si Eden donne dans l'ensemble une vision assez exacte des difficultés avec Nasser, il est, à l'instar d'Edward VIII, un narrateur pas franchement fiable. Il commence en effet par dire que dès son arrivée, il a jugé de bon ton de prendre la parole en arabe, bien qu'il ne parle cette langue qu'imparfaitement.

Or on se rend compte que c'est faux. Cela pourrait passer pour de la fausse modestie, mais les conséquences de son initiative sont regrettables, puisqu'elles ne dont que braquer Nasser, qui trouve qu'il parle arabe un peu trop bien, ce qui provoque sa méfiance bien plus que sa bonne volonté.

La débandade se poursuit lors de la réception à l'ambassade, où tout le monde est en tenue de soirée sauf Nasser et ses hommes qui sont en uniforme, ce qui crée des frictions car personne ne l'a prévenu selon lui. Eden tente de calmer le jeu mais n'arrive qu'à donner l'impression de flatter hypocritement son interlocuteur.

La reine sent bien qu'il y a une crise qui ne demande qu'à éclater sur ce front et qu'il faut ménager Nasser mais elle a autre chose en tête et son idée d'une entrevue en extérieur n'est pas seulement dûe à son amour des grands espaces. Elle emmène en effet Eden sur le lieu où Margaret et Peter avaient pour habitude de se donner rendez-vous, et on comprend pourquoi, le panorama est superbe et propice à exprimer les grandes passions.

Elle demande donc conseil à son Premier Ministre. On lui a fait comprendre qu'une fois que Margaret aurait vingt-cinq ans, elle épouserait qui elle voudrait, pour ensuite lui expliquer qu'il fallait l'approbation du Parlement, qui pourrait ne pas la donner pour des raisons religieuses. Peter revient bientôt et comme Margaret, il a fait exactement ce qu'on lui demandait, donc maintenant, la reine aimerait qu'on arrête de ne lui donner qu'une partie des faits pour ensuite la placer dans une position insoluble.

Eden lui dit qu'il va prendre la température du Cabinet et tient des propos optimistes: les temps changent, la morale est moins rigide... mais il n'a pas l'air lui-même très convaincu.

Les temps changent, mais le soir à Balmoral, on danse toujours de façon très traditionnelle, sortez les kilts et vive le tartan.

Après avoir eu sa première scène en tête-à-tête avec Margaret de toute la série, Philip a son premier entretien privilégié avec sa belle-mère, à qui il reproche de l'exiler dans une ancienne colonie pénale sous prétexte d'ouvrir les Jeux Olympiques.

Cela n'impressionne guère la Queen Mum, qui lui fait remarquer qu'aucun consort n'a eu autant de liberté avant lui, donc qu'il soit reconnaissant un peu au lieu de bouder, elle parle pour beaucoup de spectateurs, là.

Et enfin, Peter est de retour en Grande-Bretagne, et toujours un sujet d'intérêt pour les journalistes, mais il n'est pas là pour donner des interviews et comme on pouvait s'y attendre, c'est le grand baiser des retrouvailles avec Margaret.

De retour à Buckingham Palace, Elizabeth reçoit Eden, et les nouvelles ne sont pas joyeuses. Plusieurs membres du Cabinet sont violemment opposés au mariage, notamment Salisbury décidément toujours dans les bons coups, et si la reine supporte sa sœur, ils démissionneront.

Il reste néanmoins une solution, que Margaret renonce à tous ses droits et privilèges liés à son appartenance à la famille royale et épouse Peter à l'étranger lors d'une cérémonie civile.

Elizabeth doit donc annoncer cette nouvelle avanie à sa cadette qui comme on s'en doute ne le prend pas bien, mais ne se laisse pas démonter.

Elle voit très bien quel est le but de la manœuvre: la petite Margaret pourrie gâtée ne renoncerait jamais à tout cela pour Townsend, et bien surprise, elle est prête à le faire et vivre d'amour et d'eau fraîche avec lui!

Bon, pour ce que j'en sais, dans la réalité, ce n'est pas allé au-delà. Margaret aurait pu sortir de la ligne de succession (ce qui n'aurait rien changé à ce stade) pour épouser Townsend, mais elle a visiblement rétropédalé au dernier moment, peut-être parce qu'au fond elle n'était pas prête à faire le grand saut, peut-être parce qu'elle a cédé à des pressions...

Mais la série va en rajouter, pas tant à mon avis pour rendre Margaret plus sympathique en la montrant préférer Peter à ses privilèges, mais pour être raccord avec le thème de la Couronne contre l'individu: le choix doit revenir à Elizabeth dans le récit. Ce qui encore une fois se comprend mais rend l'empilement d'obstacles en l'espace d'un épisode sans qu'Elizabeth n'anticipe jamais assez improbable.

Forte de sa décision, Margaret va ensuite faire la nouba avec Peter chez des amis, et sur le trajet ils sont coursés par des voitures de journalistes qui prennent tous les risques pour ne pas être semés, courte scène qui préfigure évidemment le sort de Lady Di et contribue à prendre Margaret comme une précurseure en matière de princesse traquée par les paparazzi même si ce n'en sont pas encore tout à fait.

La soirée est en tout cas l'occasion de voir que Peter détonne un peu, pas aussi à l'aise et plus âgé que tous les godelureaux de l'assemblée, et d'ailleurs il ne tarde pas à aller se coucher tandis que Margaret a plutôt envie de danser. Bref, à première vue ils ne semblent finalement pas très assortis, et on se demande si sur la durée ce mariage avait une chance.

On nous rassure bien vite si l'on se posait la question en montrant Margaret le rejoindre alors qu'il somnole dans son pyjama rayé de grand-père. Elle peut bien se payer une danse ou deux avec les gommeux de service, il n'a pas à s'inquiéter, c'est lui qu'elle aime.

Tandis que les médias continuent d'attendre l'annonce de fiançailles et assurent que l'opinion publique est toute acquise au couple, Eden arrive une dernière fois à Buckingham Palace, toujours en se gavant de ce qui ne doit pas être des cachous.

Toute cette histoire commence sérieusement à taper sur le système de la reine (et le nôtre donc). Elle parle à son ministre du serment qu'elle et sa sœur ont passé devant leur père et que ne pas valider le mariage de Margaret serait l'enfreindre. Or, le Cabinet a beau jeu de mettre en avant le divorce de Townsend pour le refuser quand quatre membres dudit Cabinet sont divorcés, à commencer par Anthony Eden lui-même (et toc). Donc ce dernier serait bien aimable d'utiliser son influence sur le reste des membres du Cabinet pour qu'ils revoient leur position.

Eden n'a pas trop d'arguments face à cette judicieuse remarque et promet de faire son possible, mais tout ne dépend pas du Cabinet: l'Église a aussi son mot à dire. L'Église relevant d'Elizabeth, ce sera donc à elle de gérer cet aspect, et non à lui.

Elizabeth et Adeane regardent donc avec ravissement arriver les archevêques de Canterbury, d'York, de Durham et de Bath and Wells.

"Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse", comme dit Adeane, et il faut avouer qu'ils n'ont pas l'air d'être venus pour plaisanter.

Ils ne perdent pas de temps et rappellent d'entrée que le mariage est un sacrement et que l'Église d'Angleterre ne peut sous aucun prétexte permettre le remariage de divorcé(e)s dont l'ex respire encore.

Elizabeth essaie de faire valoir que Peter n'était pas la partie coupable dans le divorce, et qu'elle comprend bien que le mariage est le fondement de la famille chrétienne, mais si elle refuse à Margaret d'épouser Peter, il y aura justement une famille chrétienne qui se retrouvera drôlement divisée.

Rien n'y fait et on lui sort l'argument massue: elle est tête de l'Église d'Angleterre, Défenseure de la Foi et a prêté serment lors de son couronnement. Et ça, c'est difficile de l'ignorer. Un serment devant son père, c'est une chose, devant Dieu le Père, forcément, s'en est une autre dans l'esprit d'Elizabeth.

Pour Philip, ce qu'il faut faire est simple: ignorer les archevêques. Le peuple veut ce mariage, le monde change, aussi Elizabeth doit s'adapter, mais du point de vue de sa femme, ce n'est évidemment pas aussi simple, tout d'abord, le peuple sait-il forcément ce qu'il veut, et en tant que tête de l'Église d'Angleterre, elle doit écouter ses évêques.

On commence à savoir que ce ne sont pas les propos qui tendent à convaincre Philip, qui souhaiterait que sa femme soit autre chose que la Reine ou la Cheffe de l'Église anglicane. Il n'est sans doute pas totalement indifférent aux tourments de Margaret, mais la situation de celle-ci lui rappelle surtout trop bien la sienne, incapable qu'il est de faire ce qu'il veut. Il en a assez que son épouse soit une incarnation de la Couronne et voudrait qu'elle se comporte en être humain.

Philip n'étant d'aucune aide, Elizabeth se tourne vers la personne la plus improbable qui soit: tonton David. Évidemment, comme dans l'épisode 3, il est extrêmement improbable qu'Elizabeth lui ait jamais demandé conseil, mais dans le cadre de la série, on comprend que le Duc de Windsor est le seul à avoir une idée de ce qu'est être un monarque, aussi mauvais qu'il ait été dans le rôle, et de se retrouver confronté à un dilemme de ce genre.

Il s'arrache donc à son bal masqué qui doit probablement virer à la partouze aux petites heures du matin pour répondre au coup de fil de sa nièce, à un téléphone placé opportunément à côté d'une statue de sphinx. Il commence par lui annoncer qu'en France, tout le monde soutient Margaret. En tout cas à Paris, la seule France qui importe (allez, la Province de France et de Navarre, avec moi huons-le de concert!). Et naturellement, toute sa sympathie lui est acquise. Mais il sait également ce qu'Elizabeth traverse et à quel point elle peut être partagée.

"But there is also the other great love of my life: the Crown. And protecting that crown. And I imagine you find yourself in a difficult position now. Split down the middle. One half is sister. One half is Queen. Exactly. A strange, hybrid creature. Like a sphinx or Gamayun. As I am Ganesha or Minotaur."

Je me demande quelle comparaison il aurait trouvé si l'accessoiriste n'avait pas mis une statue de sphinx près du bigophone mais un cochon-tirelire ou un nain de jardin. Quoi qu'il en soit c'est très joli et ça continue.

"We are half-people. Ripped from the pages of some bizarre mythology, the two sides within us, human and crown engaged in a fearful civil war, which never ends. And which blights our every human transaction as as brother, husband sister, wife, mother. I understand the agony you feel and I am here to tell you, it will never leave you. I will always be half-King. My tragedy is that I have no Kingdom. You have it. And you must protect it.">

Le personnage est ce qu'il est mais il faut admettre qu'on lui a réservé de belles lignes. En résumé "fais ce que je dis, pas ce que je fais", ce qui est le meilleur conseil qu'il puisse donner.

Elizabeth, la mort dans l'âme, annonce donc à Margaret que malgré la promesse faite à son père, elle ne peut pas prendre la décision qui la rendra heureuse mais doit, en tant que reine, lui interdire d'épouser Peter. Pour une fois, Margaret ne se montre pas immédiatement agressive, pour la bonne raison qu'elle est trop abattue pour cela. Néanmoins, quand sa sœur lui demande si elle sera capable de lui pardonner, elle demande si Elizabeth aurait pardonné à la personne qui lui aurait interdit d'épouser Philip. Elizabeth botte en touche en faisant remarquer que la situation n'est pas la même, mais ce n'est pas très convaincant. Margaret a beau essayer de lui faire comprendre qu'elle n'est pas aussi forte qu'elle en a l'air et que Peter lui est indispensable et qu'elle n'en aimera aucun autre, la décision d'Elizabeth est irrévocable.

Eeeet c'est là qu'on arrive avec mon gros soucis concernant cet épisode, au-delà du côté répétitif des objections au mariage et de l'imprévoyance d'Elizabeth devant elles. Les personnages, et le scénariste, ont l'air de considérer que c'est Elizabeth qui a enfreint la promesse faite à Bertie, et a priori, on peut le comprendre: elles devaient se serrer les coudes, Elizabeth a promis à Margaret qu'elle donnerait sa bénédiction pour son mariage avant d'y mettre son veto.

Seulement, de mon point de vue et je comprend qu'on le trouve contestable, c'est Margaret qui a enfreint la promesse. Elle n'aurait pas dû coller Elizabeth devant ce choix impossible pour privilégier ses propres sentiments alors que même sans être elle-même reine, elle était suffisamment proche de son père et de sa sœur pour apercevoir l'exigence de la fonction.

Bien sûr, dans l'absolu, je suis pour les mariages d'amour et je trouve parfaitement rétrograde de considérer le divorce comme l'abomination de la désolation et refuser aux divorcés le remariage. Dans le contexte, cependant, ça me semble en contradiction avec le reste du propos: dans les premiers épisodes, la reine Mary insistait bien sur l'importance de faire passer la Couronne avant ses propres envies. On a montré George VI comme quelqu'un se tuant à faire un métier qui le minait parce que c'était son devoir. Elizabeth a dû faire des concessions pour ne pas mettre la Couronne en danger même si cela allait à l'encontre de ses désirs. Edward est montré en contre-exemple comme celui qui justement a fait passer ses désirs avant ses devoirs, et lui-même admet in fine qu'Elizabeth ne doit surtout pas l'imiter. Ils ont tous fait des sacrifices. Margaret a vu son père peiner à la tâche, elle doit aussi savoir, quoi qu'elle en dise, que sa sœur n'est pas libre de faire ce qu'elle veut, et donc, en accord avec la promesse qu'elle-même a faite à Bertie de ne pas laisser tomber sa sœur, elle aurait dû faire passer celle-ci avant son bonheur personnel et aussi sacrifier quelque chose pour le bien de la Couronne, qui ne concerne pas uniquement celle qui la porte, comme les autres. Le serment allait dans les deux sens, Elizabeth a fait de son mieux pour ne pas l'enfreindre avant de s'y résoudre, mais Margaret de son côté n'a rien fait du tout pour y être fidèle et on a l'air de considérer qu'Elizabeth a un devoir envers elle et pas l'inverse.

Encore une fois, je comprend pourquoi le choix devait revenir à Elizabeth, cependant c'est toujours gênant quand l'auteur essaie de faire passer un message, qu'on comprend le message qu'il essaie de faire passer, mais que l'on ne peut juste pas être d'accord.

Bref, Margaret va pleurer une dernière fois dans le giron de Peter, qui tente de la consoler sans en mener très large non plus, et Margaret promet qu'elle ne pardonnera jamais Elizabeth et qu'elle n'épousera jamais personne, mais Matthew Goode a été engagé pour jouer son futur mari dans la saison 2, donc la bonne blague. Enfin, je persifle mais c'est un peu émouvant malgré tout.

Peter Townsend se fend donc d'un communiqué très langue de bois où il explique que lui et Margaret ont renoncé à l'idée de se marier, mais que la famille royale a été d'un grand support pour eux, que cela a été un privilège de les servir et qu'il retourne à Bruxelles. Rideau.

Philip suit la retransmission à la télévision, qui glose sur Margaret qui malgré le soutien du peuple acquis à la cause de son mariage a admirablement décidé de faire passer son devoir en premier, et bien placé pour savoir comment les choses se sont passées en coulisse, il se dit que cette fois-ci la coupe est pleine.

Il va donc trouver Elizabeth, en pleine discussion sur Nasser, qui cette fois a mal pris le fait qu'Eden ne lui ait pas parlé en arabe alors qu'aucun interprète anglophone n'était prévu. La reine est en grande tenue, sur le point de faire un photoshoot avec ce qui semble être Cecil Beaton, qui a immortalisé quelques têtes couronnées et stars de cinéma en son temps.

Philip annonce donc à sa femme qu'il s'en va discuter avec le président du Comité Olympique, et puisque maintenant on a décidé de coupler l'ouverture des Jeux avec une tournée royale, il sera absent cinq mois, loin des enfants, etc. Et que si elle s'imagine qu'il enterrera tous les problèmes en Australie et reviendra serein et transformé, elle s'illusionne dans les grandes largeurs.

Il n'y a pas grand chose à répondre à cela et on appelle la reine pour les clichés, elle donne donc le change en allant se mettre sous les feux des objectifs comme si de rien n'était et que tout allait bien dans sa vie personnelle, et c'est l'heure du dernier petit montage sur une musique dramatique de la saison, ce n'est peut-être pas bien finaud et on connait la formule mais c'est toujours efficace.

Alors qu'Elizabeth prend la pose, Eden regarde un discours anti-impérialiste de Nasser, et congédie rapidement son projectionniste pour être un peu seul.

Pendant ce temps, Margaret s'entoure de sa cour d'amis jet-setteur mais on sent bien sa solitude et sa tristesse derrière tout ce chic superficiel.

Tandis que de retour dans son gourbi bruxellois, Peter Townsend n'a personne à qui faire croire qu'il est heureux et peut se laisser aller à son chagrin.

Alors que Nasser continue de discourir à l'écran, Eden laisse tomber les cachous pour quelque chose d'un peu plus violent.

Philip quitte Buckingham dans son tacot sans même un regard en arrière...

Elizabeth continue sa prise de vue.

On revient une dernière fois sur Eden, définitivement sous substances et incapable de faire son boulot, au point de laisser la bobine qu'il était censé regarder se désintégrer sans même se réveiller.

Et la saison se conclut sur les directives de Cecil Beaton à la reine afin de capter l'expression idéale qu'il veut sur son visage pour son portrait.

" That's it, there. All hail sage Lady, whom a grateful Isle hath blessed. Not moving, not breathing. Our very own goddess. Glorious Gloriana. Forgetting Elizabeth Windsor now. Now only Elizabeth Regina. Yes."

Et de fait, dans le dernier plan, Elizabeth semble en effet ne plus refléter aucune humanité mais n'être plus qu'une icône. Elle a fait tout ce qu'il fallait, mais cela en valait-il la chandelle?

Bon, on sait qu'il y aura d'autres saisons, où elle atteindra un équilibre dans certains domaines (avec Philip notamment, je pense que la saison 2 devrait pas mal traiter des suites de leur crise mais aussi le montrer trouver sa place par rapport à elle pour passer à autre chose) et devra affronter de nouveaux ennuis, mais prise toute seule la saison pourrait presque se suffire à elle-même dans le traitement de son thème principal. La Couronne a gagné, la reine Mary peut dormir en paix, mais la victoire est amère.

Quoi qu'il en soit même si l'épisode offre de beaux moments et des lignes de dialogues bien tournées, ce n'est définitivement pas mon favori pour les raisons indiquées plus haut, ce qui est toujours dommage quand il s'agit d'un final qu'on aimerait être une consécration.

La qualité n'en est pas moins là, donc pas d'inquiétude pour la suite, qui annonce du lourd la saison prochaine: outre la résolution de l'intrigue avec Philip, et les nouveaux ennuis sentimentaux de Margaret (je baille déjà), on devrait avoir droit à la crise de Suez, au scandale Profumo, aux Kennedy, et la conduite du Duc de Windsor durant la guerre devrait enfin être évoquée.

Le Point Corgis: on les aperçoit alors que la reine va se faire photographier. C'est pas Byzance, mais au moins ces divas daignent se montrer pour le bouquet final, c'est déjà bien urbain de leur part.
potion préparée par Zakath Nath, le Mercredi 1 Novembre 2017, 22:27bouillonnant dans le chaudron "Séries tv".