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Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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Mutiny on the Bounty

Portsmouth, 1787. Le jeune John Jacob Turnstile, voleur à la tire, est pris la main dans le cas et mis face à un choix: un an de prison, ou servir sur un navire de sa Majesté. La seconde option lui paraissant préférable, le voici devenu garçon de cabine du capitaine Bligh, à bord du Bounty, qui fait voile vers Tahiti, et une mutinerie entrée dans l'Histoire.

John Boyne s'est fait connaître avec Le Garçon au pyjama rayé, fable montrant l'horreur des camps de concentration au travers des yeux d'un enfant innocent. Malheureusement, si je n'avais pas eu une mauvaise impression à la lecture du roman, il ne m'en est resté qu'un sentiment de simplisme et d'invraisemblance, l'auteur confondant allégrement innocence et ignorance crasse. Mutiny on the Bounty n'est hélas pas meilleur. L'auteur nous plonge encore directement dans un récit vivant, avec une plume allègre, et il choisit encore un angle d'attaque original: le but est ici de réhabiliter le captaine Bligh, et de ne pas faire de Fletcher Christian le héros de l'histoire.

Malheureusement c'est fait avec un grand simplisme. Que Bligh n'ait pas été le tyran fanatique des châtiments corporels que la légende en à fait, soit. En fait, il semblerait qu'il ait été en effet moins enclin aux punitions que sur bien d'autres navires de la flotte. Que Christian n'ait pas été le héros romantique se dressant contre les mauvais traitements réservés à l'équipage, c'est fort possible aussi. Mais l'auteur force tellement le trait qu'on tombe dans le manichéisme le plus pénible.

Bligh est plutôt bien présenté, sous un jour sans doute trop doux, mais on montre bien son caractère en proie à des sautes d'humeur et ses erreurs de jugements. Christian est de son côté présenté sous le jour le plus noir possible, sans complexité, sans trait de caractère positif. Il ne se soucie que de son physique, n'a pas l'air d'en foutre une rame, est désagréable avec le narrateur, dont il semble deviner les souffrances mais uniquement pour l'asticoter (alors que quand Turnstile se décidera à se confier à Bligh, entre la poire et le fromage, celui-ci se montrera tout ému).

Les motivations de Christian sont obscures, parce que le narrateur les ignore? On a surtout l'impression que c'est pour qu'il soit impossible au lecteur de partager le point de vue du personnage. On part sur plusieurs pistes non-exploitées, mais qui ne donnent pas une impression de mystère, juste une impression que divers moyens différents sont employés pour que quoi qu'il arrive, on déteste Christian. Il rend un service à Turnstile au cours du voyage en lui faisant comprendre qu'il compte sur lui pour lui être redevable: cela laisse penser que Christian est un comploteur, qui mijote un sale coup de longue date. Mais ce ne sera plus exploité par la suite et cette dette contractée par le héros ne sera pas évoquée. Turnstile surprend une conversation entre Christian et un homme d'équipage (qui ne sera jamais identifié) le poussant à la mutinerie alors que Christian hésite encore? Cela ne le rend pas moins mauvais, cela donne surtout l'impression qu'on ne veut même pas lui accorder des capacités de meneur. Et sa justification face à Bligh, comme quoi il veut retourner sur ce paradis sur terre dont le capitaine l'aurait privé, parait le caprice d'un homme sans volonté. Même quand il se confie à Turnstile en disant être tombé amoureux sur l'île, ça ne semble qu'un stratagème pour endormir sa méfiance, deux secondes après il le menace de mort et perd immédiatement tout semblant d'humanité.

Pire encore, le portrait de Peter Heywood. Un de ses descendant a dû violer le chien de John Boyne pour expliquer un acharnement pareil, ce n'est pas possible. Heywood était un aspirant de 15 ans, qui a priori n'a pas pris part à la mutinerie, tout comme son camarade Stewart. Ils ont été retenus à bord par les mutins et contraints de partir à Tahiti avec eux. Par la suite, ils se sont rendus sur le premier navire à joindre l'ile, où à leur surprise ils ont été mis aux fers avec d'autres. Bligh et deux autres aspirants ont témoigné contre lui, il fut condamné puis gracié, et a fait ensuite carrière dans la Navy. Bon, généralement on le présente comme loyal à Bligh, même si on peut garder un doute. Il n'a cependant jamais été présenté comme un mauvais cheval. Là, il a tous les défauts: il est laid comme le péché, méchant, lubrique, tire-au-flanc, inculte (contrairement au héros qui a lu deux livres dans sa vie mais à un vocabulaire riche et soutenu que Heywood est bien en peine de comprendre. C'est à se demander comment il a pu écrire un dictionnaire anglo-tahitien, le pauvre garçon). Bien sûr, l'auteur ne lui laisse pas le bénéfice du doute, il participe de façon flagrante à la mutinerie et insulte grossièrement Bligh. Tout comme Stewart, dont le rôle est sans ambiguïté.

En fait, tous les mutins sont présentés auparavant sous un jour peu sympathique, ce qui rend le choix de Turnstile de prendre le parti de Bligh d'une grande facilité, alors que jusque-là, il rêvait de déserter. Le seul membre de l'équipage loyal présenté sous un mauvais jour est le secrétaire Samuel, qui accueille brutalement le narrateur à bord. Mais on ne le reverra pas jusqu'à la mutinerie, et là, on a le droit à une belle incohérence: alors qu'il embarque sur la chaloupe avec Bligh et Cie, que sa présence est mentionnée, un peu plus tard Turnstile et le cuistot parlent de lui et on a l'impression qu'il a rejoint les mutins. Euh, coucou? Vous êtes pas si nombreux dans cette chaloupe pour le louper, les amis!

Plus tard, on passera sur les souffrances de Heywood et de ses camarades lorsqu'ils ont été pris par la capitaine Edwards, laissant juste entendre que certains sont morts. Pourtant, ça ne noircissait pas le gentil Bligh, mais non, il ne faudrait surtout pas qu'on plaigne ses ennemis ou ceux qu'il considérait comme tel.

Alors certes, c'est de la fiction, ça ne prétend pas être un documentaire. Mais un traitement aussi bêta est regrettable quand on s'attaque à un sujet aussi complexe, où l'opposition entre les deux hommes auraient pu être magnifique si un peu de finesse psychologique avait été à l'ordre du jour. On peut prêter à des personnes réelles des traits peu sympathiques dans une fiction. par exemple, Atia des Julii était paraît-il une femme vertueuse. dans la série Rome, on en a fait une garce de première. Mais quel personnage! Charismatique, certes garce mais non sans justification et sans traits humains. Christian et Heywood ne sont même pas de bons personnages, mais des méchants caricaturaux.

Et c'est dommage. Car John Boyne ne manque pas de talent pour raconter une histoire, et aurait pu livrer un grand roman d'aventure mais il gâche bêtement ce talent. Et s'il voulait réhabiliter Bligh, c'est loupé, là je n'ai qu'une envie, relire Nordhoff et Hall, qui dressent un portrait négatif de Bligh, mais ne lui nient pas toute qualité non plus (aucun des détracteurs du monsieur ne lui a retiré ses talents de navigateur, par exemple).
potion préparée par Zakath Nath, le Jeudi 30 Décembre 2010, 22:31bouillonnant dans le chaudron "À l'abordage !".