Où suis-je?

Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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Le facteur sonne toujours deux fois (1946)
--> It's Noirvember!
Frank Chambers, un jeune homme allant là où le vent le porte, accepte un travail dans un restaurant-station service, séduit par Cora, la superbe épouse du propriétaire. Frank et Cora envisagent de fuir ensemble mais la jeune femme, attachée à son confort, suggère plutôt de se débarrasser de son mari encombrant.

Première adaptation du roman de James Cain, Le facteur sonne toujours deux fois est surtout remarquable pour offrir l'un des plus beaux couples de film noir mais il sera hâtif de le résumer à cela. Un jeune homme au caractère aventureux, une jeune femme au physique de star d'Hollywood, (et pour cause) mariée à un brave gars peu séduisant et qui vivote dans un restaurant routier totalement paumé... On voit vite vers quoi l'on se dirige et pourtant le film ne prend pas la route la plus directe et la plus évidente. En effet, on pourrait avoir un simple schéma où un brave type un peu faible se fait embobiner par une vamp calculatrice mais Frank et Cora sont plus complexes. La tension sexuelle est immédiate mais Frank, qui saute sur le poste quand il découvre que Cora traîne dans les parages, hésite en apprenant qu'elle est la femme de son patron tandis que Cora se montre tout d'abord hostile. Frank est le premier à souhaiter la mort de Nick sans vraiment être sérieux mais suit vite le plan de sa maîtresse quand elle y voit une solution à leurs problèmes. Une première tentative ratée les ramène à la raison temporairement mais Frank rejoue avec le feu et les décisions de Nick rendent compréhensibles la détresse de Cora, à défaut d'excuser ses actions. Bref, les deux personnages, malgré les dissensions à venir entre eux, se méritent bien l'un l'autre.

La difficulté du couple à passer à l'acte et à commettre un meurtre habile tout en couvrant leurs traces, les rêves d'échapper à une existence médiocre pour réaliser des ambitions qui ne le sont pas tellement moins ne sont pas sans évoquer le cinéma des frères Coen à venir, comme Fargo ou The Barber qui comptait dans son histoire un avocat retors qui semble trouver un précurseur ici en la personne de Keats, qui parvient contre toute attente à sauver Frank et Cora du pétrin dans lequel leurs plans foireux et un procureur vigilant les ont fourrés. Temporairement car le Code Hays de l'époque n'aurait pu laisser des criminels s'en tirer à bon compte mais surtout parce qu'après avoir affronté la justice, un maître-chanteur, et surtout leur propre ressentiment, le couple est condamné de la manière la plus ironique qui soit (encore quelque chose que l'on retrouvera dans The Barber, tiens. Quand j'avais vu ce dernier lors du Noirvember Challenge 2021 j'avais surtout était frappé des liens avec L'Étranger mais la filiation est encore plus évidente).

Tay Garnett est un scénariste et réalisateur qui a travaillé à Hollywood dès l'époque du muet et a bossé jusque dans les années 70 mais son nom n'est pas resté au firmament des metteurs en scène américain de sa génération (j'ai vu un jour un bout du Serment du Chevalier noir avant de m'endormir, fatiguée par un lever tôt et un long trajet mais ça m'avait l'air d'être un joyeux nanar). Il a cependant une expérience inestimable et un savoir-faire certain et met particulièrement bien en valeur Lana Turner, et cela dès sa scène d'introduction (du bon usage d'un bâton de rouge à lèvres pour amener le regard à faire le chemin qu'il faut...). N'ayant pas lu le roman de Cain, j'ignore à quel point le scénario y est fidèle mais il ménage son lot de rebondissements, avec fausse alerte, répit et tragédie inévitable. Le titre, en tout cas, prend tout son sens.

Outre Lana Turner ensorcelante en beauté fatale matérialiste, on a droit à une interprétation solide de John Garfield, à la fois mauvais garçon et sympathique tandis que l'on peut compter sur des seconds rôles réguliers de l'époque pour compléter avantageusement la distribution: Cecil Kellaway en vieux mari, Leon Ames en procureur soupçonneux ou encore Alan Reed en maître-chanteur mais parmi ces derniers c'est surtout Hume Cronyn qui sort du lot dans le rôle d'un avocat rusé qu'il vaut mieux avoir pour soi que du côté adverse.

Avec son couple maudit emporté par ses faiblesses et ses crimes, Le Facteur sonne toujours deux fois possède tous les ingrédients du genre, ou presque, et est passionnant de bout en bout. On sait d'avance que Frank et Cora courent à leur perte mais on ne peut détacher les yeux d'eux jusqu'à ce que le sort les rattrape.
potion préparée par Zakath Nath, le Dimanche 20 Novembre 2022, 20:41bouillonnant dans le chaudron "Films".