Où suis-je?

Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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La danse des obèses
Philippe Heart, capitaine de la 4e DPJ, est chargé de démasquer un tueur en série dont la particularité est de s'en prendre à un certain type de personnes: ses victimes sont toutes obèses, et il les fait passer de vie à trépas avec une extrême cruauté.

Vous savez ce qui me navre vraiment? Encore plus que le contenu de ce livre? C'est que face à un bouquin que j'ai adoré, je suis souvent incapable de livrer davantage qu'un paragraphe très plat peu susceptible de transmettre mon enthousiasme aux visiteurs de ce blog. En revanche, quand je me trouve face à ce genre de prose, et ça m'a fait le coup avec le précédent livre de Sophie Audouin-Mamikonian que j'ai lu, Tara Duncan et les Sortceliers, je peux pondre un pavé détaillé pointant tout ce qui me déplait. Peut-être parce que c'est facile, peut-être parce que face à, disons, Gagner la Guerre d'un Jaworski je suis tétanisée à l'idée de rendre justice au livre alors que face à une daube il faut que j'évacue le traumatisme et me soulage un bon coup? Toujours est-il que.

L'auteur est surtout connue pour ses livres destinés à la jeunesses, mais elle s'est un jour lancée dans un projet plus adulte, un thriller à base de serial-killer, de gore, et de sexe (un peu). Commençons par le positif: les pages se tournent très vite. Si l'agacement procuré par le livre pourra éventuellement donner envie de le balancer à l'autre bout de la pièce, on ne décrochera sans doute pas par ennui, de ce côté-là, c'est plutôt bien rythmé.

Voilà pour le positif. Pour le reste, désolée, mais qu'est-ce que c'est bête. Bon, à partir de là, je vais spoiler, autant vous avertir tout de suite (non, parce que ce n'est pas parce que j'ai détesté que ça me donne le droit de gâcher aux autres le plaisir de la découverte). Ceux qui apprécient l'auteur et ne veulent pas se cramer le suspense, ou qui veulent se faire un avis vierge sur le déroulement de l'intrigue, demi-tour. Les autres, au-delà de ce seuil, abandonnez toute espérance.

Dès les vingt premières pages, on a droit au personnage, un certain Ned, dont on se doute qu'il sera soit le coupable (mais ce serait vraiment trop gros, même pour un bouquin aussi mauvais) soit la fausse piste qu'on nous baladera sous le nez pendant que le coupable crapahute à l'arrière-plan. Et comment garder cette fausse piste au chaud pendant le plus de temps possible? En faisant du héros sensé être un super-flic un crétin: dès le départ, Heart a de quoi soupçonner Ned, celui-ci a la motivation, pas d'alibi au moment des meurtres, et pourtant, Heart ne va pas chercher à creuser de son côté et enquêtera sur un autre type, qui n'est pas coupable non plus. Quand ce suspect cassera sa pipe, tout ce que se dira Heart, c'est que zut, son seul suspect est hors course. Euh, et Ned, tu ne l'as toujours pas innocenté, coco. Le capitaine Clouseau se fera également humilier par le tueur d'une façon qui ferait démissionner, voire se suicider n’importe qui dans le monde réel, mais dans l'univers de La danse des obèses, il n'est même pas dessaisi de l'affaire, essuie quelques blagues de ses collègues, et c'est marre.

Les personnages, tiens, si on en parlait plus en détail? Le héros est beau, viril, et a un passé tragique: notre flic a été marié à une princesse italienne prénommée Carla, qui a disparu dans un accident d'avion et il ne se remet pas de sa mort, d'autant qu'on n'a jamais retrouvé le corps, l'empêchant de véritablement faire son deuil (mec, tu as pensé à regarder si elle avait pas atterri dans la cour de l’Élysée? Enfin, moi je dis ça, je dis rien). Naturellement, dès qu'il croise le personnage féminin principal, on sait qu'ils vont finir ensemble. Elena, tel est son prénom, a un père très riche mais elle veut réussir par elle-même, elle a été tripotée gamine donc elle s'habille comme un sac pour ne pas attirer les hommes (mais peine perdue, c'est l'héroïne, donc même quand elle fait de son mieux pour être moche, elle est d'une beauté stupéfiante). Quand ça commence à vraiment bien s'annoncer avec Heart, elle subit un relooking, pris en charge par son meilleur (seul) ami, évidemment gay et qui est donc toujours là pour lui parler chiffon, coiffure, et lui donner une épaule sur laquelle pleurer. Ce relooking qui ne fait pas du tout avancer l'intrigue est décrit avec pas mal de détail des fois qu'on ne comprenne pas qu'Elena est la plus belle, même si au fond, elle n'aime pas se pomponner. À part les obèses, la plupart des mecs sont beaux et musclés, même un des patients d'Elena, Karl, un surdoué asocial de 16 ans qui a déjà un corps d'adulte, et qui soit dit en passant est un bien meilleur limier que le héros.

Bonjour, dans le monde merveilleux de La Danse des Obèses, je m'appelle Karl, j'ai 16 ans, mais j'ai quand même ce corps puissant, elle est pas belle la vie?

Bon, comme dans le prologue on indique que le tueur est musclé, on va dire que c'était pour multiplier les fausses pistes et pas pour rendre cette histoire glauque hyper-glamour, mais je n'y crois guère.

Parce que oui, c'est glauque, en plus des meurtres grand-guignolesques, on parle quand même de pédophilie, de vente de bébés, mais le tout est tellement grotesque qu'on est plus agacé qu'horrifié, comme si toutes ces horreurs étaient balancées pour qu'on comprenne bien que ouh là là, c'est pas pour les enfants, mais sans la subtilité que des sujets aussi graves méritent. Et même si c'est horrible, la révélation du traumatisme du coupable est tellement outrancière qu'on peut difficilement la prendre au sérieux. Pourtant dans la saga des Malaussène de Pennac, on a aussi des affaires bien répugnantes, mélangées à de l'humour et des personnages over-the-top et ça fonctionne. Sans doute une question de talent.

En plus de l'histoire et des personnages, quelques mots sur le style. J'ai remarqué un usage répété des points de suspension en milieu de phrase, mais c'était tout de même moins systématique que dans Tara Duncan. Mais on retrouve le même côté remplissage répétitif qui m'évoque des rédactions de collège, vous savez, quand on essaie d'écrire le plus possible à partir de pas grand chose en rajoutant des adjectifs redondants, par exemple. Eh oui, on a beau parler d'obèses se faisant charcuter, Sophie Audouin semble avoir un peu de mal à tailler dans le gras. Ainsi, un personne va dire que Trucmuche "se chausse chez Berluti, le fameux chausseur". Oui, des fois qu'on pense que Trucmuche se chausse chez un marchand d’électroménager, on ne sait jamais, tout arrive. Honnêtement, c'est inutile, mais en plus, qui parle comme ça? Qui dit "il a une veste de chez Armani, le fameux couturier"? Pareil plus tard quand un personnage évoque Jack l'éventreur et Fred Abberline, précisant en plus la date, 1888. C'est bien, l'auteur a fait sa recherche, mais à trop vouloir nous le montrer, on a l'impression que quand ils parlent ses personnages sont branchés sur wikipedia. Et pourquoi tous ces noms anglo-saxons comme Heart, James, Ned? Je ne voudrais pas nier l'existence d'une communauté anglo-saxonne en France, mais ça m'avait déjà frappé dans Tara Duncan, il y a un côté "c'est plus cool si ça fait américain", mais je prête peut-être à l'auteur des intentions qu'elle n'a pas, sur ce point.

On pourrait continuer longtemps sur ce thème alors juste une dernière remarque sur la façon dont le coupable est découvert. L'idéal dans un whodunit, c'est que le lecteur ait les mêmes indices que l'enquêteur, mais que ce dernier soit le seul à les repérer et les agencer correctement. Une fois la révélation tombée, le lecteur peut alors se dire qu'il aurait pu trouver s'il avait été plus attentif, mais que l'enquêteur a été plus malin, ce qui est son boulot. Ici, on peut deviner qui est le coupable au fait qu'on en parle un peu mais pas trop, qu'il n'est jamais soupçonné mais apparait trop par rapport à son importance vis-à-vis de l'intrigue principale, mais il n'y a pas de véritables indices concrets, et Heart démasque Jérôme de Lancovit (fan-service pour les Taraddicts!) à partir d'un élément qu'il avait lui, mais qu'on ne nous a pas livré. Il serait un peu fort de parler de "triche" surtout que des romans d'un bien meilleur niveau ont aussi recours à ce truc, mais ça n'arrange pas les choses.

En tout cas, on peut accorder à l'auteur que quel que soit le public auquel elle s'adresse, adolescent ou adulte, elle sait maintenir le même niveau. Et ça, ce n'est pas forcément donné à tout le monde.
potion préparée par Zakath Nath, le Dimanche 25 Mars 2012, 13:13bouillonnant dans le chaudron "Littérature".