Où suis-je?

Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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Dracula
Jonathan Harker, jeune clerc de notaire sur le point d'épouser la belle Mina Murray, se rend en Transylvanie pour conclure une vente au mystérieux comte Dracula. Ce dernier est un vampire qui manifeste un intérêt immédiat pour Mina, en qui il voit la réincarnation de son amour perdu et part pour Londres la rejoindre, laissant une piste sanglante derrière lui.

J'avais neuf ans quand le Dracula de Francis Ford Coppola est sorti en France au cinéma et s'il était évidemment hors de question que j'aille le voir, il était difficile d'échapper à l'événement que c'était alors: les immenses affiches sur la façade des cinémas, les reportages aux infos (ma mémoire doit me jouer des tours mais j'ai l'impression qu'on en parlait régulièrement au 20h alors que tout au plus j'ai du voir des extraits une fois dans celui de TF1 et celui de France 2), les camarades de classe qui en parlaient sans l'avoir vu eux-même ou peut-être que si, les costumes très bizarres des vampires... Comme souvent, je n'ai par la suite pas vraiment cherché à le voir tout en me disant que tout de même, depuis le temps, il faudrait que je le fasse, et tant pis si finalement les avis étaient très partagés. Il aura fallu que le site de France Télévision le mette en ligne pour que je comble enfin cette lacune (et depuis le temps, j'ai lu le roman de Bram Stoker alors que je crois que pour beaucoup de gens de ma génération, le film de Coppola a été le premier contact sérieux avec le personnage).

Le film commence fort, entre la scène d'ouverture montrant les circonstances de la damnation de Vlad et l'arrivée de Jonathan Harker au château, il y a une recherche visuelle de tous les instants, des jeux d'ombres, des décors en dur à la fois rétro et qui impressionnent encore. Certes, c'est chargé, au risque de frôler l'indigestion, mais pendant un temps, cela fonctionne, jusqu'au départ de Dracula pour Londres. Il y a encore beaucoup d'idées, et des bonnes, par la suite mais l'adaptation semble se perdre et ployer sous ses nombreuses influences: la Hammer, L'Exorciste, Cocteau, du gothique, du baroque, du romantisme, tout en tentant de coller à la source littéraire en conservant autant que possible la structure de roman épistolaire de cette dernière, que l'on abandonne au fur et à mesure. Ça fait beaucoup. Là où le bât blesse, principalement, c'est dans la décision de faire de Dracula une figure romantique, à la recherche de son amour perdu. Ce n'est pas l'idée elle-même mais son traitement qui cloche.

L'obsession du comte pour Mina est facilement posée et on pourrait presque le trouver touchant s'il n'était pas par ailleurs aussi animal dans son approche (et dans le traitement de Lucy) mais son revirement quand Mina accepte d'être transformée n'a pas grand sens (pourquoi des scrupules tout à coup si ce n'est pour le rendre plus sympathique en dépit de tout ce qu'on a montré jusque-là?). Quant à Mina, est-elle sous le charme hypnotique du comte ou est-ce parce qu'elle est censée être Elisabeta réincarnée qu'elle succombe assez vite à la séduction du vampire, même après avoir vu son côté monstrueux? Toujours est-il qu'on n'a pas l'impression que ses sentiments sont personnels et qu'elle n'est pas manipulée par quelque chose d'extérieur à elle, quand bien même elle ne semble pas plus enthousiaste dès le départ devant la cour que lui fait Harker. Difficile donc de croire à l'histoire d'amour qui se veut au cœur du récit.

L’interprétation est à géométrie variable. Gary Oldman dans le rôle-titre parvient à gérer ses nombreux changements de looks et joue un peu sur tous les tableaux (le ténébreux romantique, le monstre repoussant...), Winona Ryder et la plupart des seconds rôles sont corrects mais Keanu Reeves est joli comme un cœur et mauvais comme un cochon dans le rôle déjà peu exaltant de Jonathan tandis qu'Anthony Hopkins cabotine à mort en Van Helsing au point où l'on se demande comment les autres personnages le prennent au sérieux. Francis Ford Coppola, tout à la mise en scène et à l'esthétique de son film, semble avoir négligé la direction d'acteurs, et on alterne des séquences impressionnantes à d'autres franchement ridicules ou étranges dans le contexte (les passages à l'asile ont l'air sortis d'un Terry Gilliam, la caméra qui file à ras-du-sol quand le comte est sous sa forme de loup n'est pas très heureuse non plus...).

À la fois superbe et boursouflé, le Dracula de Coppola est en tout cas tout sauf insipide, contrairement à ce pauvre Jonathan Harker. En ressort un mélange fascinant dans ses fulgurances autant que dans ses sorties de route.
potion préparée par Zakath Nath, le Lundi 19 Septembre 2022, 17:24bouillonnant dans le chaudron "Films".