Où suis-je?

Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


mon compte twitter mon tumblr mon compte bétaséries



Les aventuriers de l'article perdu

Archive : tous les articles

Principaux grimoires

Inventaire des ingrédients

Ce qui mijote encore

Potion précédente-Potion suivante
Domina, saison 1
Fille et épouse de partisans de Brutus face à Marc-Antoine dans la guerre civile qui les oppose à la suite de l'assassinat de Jules César, Livia Drusilla est dans une position précaire à la victoire du camp adverse. Elle arrivera pourtant à manœuvrer jusqu'à devenir la première impératrice de Rome.

Les séries péplum ne sont pas légions et la poignée que l'on peut citer semble se concentrer sur l'Antiquité romaine. Ce qui n'est déjà pas si mal car il y a matière à des intrigues passionnantes. La chaîne Sky en est ainsi à deux saisons de Britannia, relecture sous substances de la conquête de la Bretagne à l'époque de Claude et son pendant italien a lancé l'année dernière Romulus qui a la particularité d'avoir été tournée en latin archaïque. Domina se penche au premier abord sur une période des plus connues et des plus traitées, la fin de la République et l'émergence de l'Empire mais sous un angle qui se veut inédit: elle est centrée en effet sur le personnage de Livie (ou Livia Drusilla).

Celle-ci n'est pas précédée d'une réputation flatteuse et ses précédentes apparitions télévisuelles n'arrangeaient pas son cas: l'empoisonneuse terrifiante de Moi, Claude, Empereur ou la petite Sainte-Nitouche qu'on est ravis de voir remise à sa place par Atia dans les dernières minutes de Rome. On peut évidemment se demander si cette mauvaise image est fondée ou le résultat de plusieurs siècles de misogynie à l'égard d'une femme qui avait l'audace d'être ambitieuse et de se mêler de politique. La série créée par Simon Burke a à cœur d'offrir un point de vue nuancé, ce qui est suffisant pour susciter la curiosité. Pour la maintenir, c'est une autre affaire.

Je reproche souvent aux séries historiques les moins réussies de faire passer les informations pour le bénéfice du spectateur par des dialogues artificiels où deux personnages livrent platement des indications sur le contexte alors qu'ils doivent être eux-même parfaitement au courant. Ce n'est pas un grief que l'on peut entretenir vis-à-vis de Domina qui tombe au contraire dans l'excès inverse: même avec un petit texte introductif et des événements connus (assassinat de César et affrontements qui s'ensuivent), les deux premiers épisodes ne sont pas aisés à suivre car on va très vite, et les personnages sont sommairement présentés. Par exemple, le nom d'Octave n'est peu ou pas mentionné, il est appelé Gaius par son entourage ce qui peut être réaliste mais ne favorise pas la compréhension. Il mentionne également être le fils de César et on fait confiance au spectateur pour savoir déjà qu'il ne s'agit pas d'un lien biologique. Tous les moments-clés de la guerre civile arrivent hors-champs. Le budget modeste pourrait expliquer qu'on ne montre pas par exemple la Bataille de Philippes mais il n'y a pas cette excuse pour les tractations d'alcôves. On ne peut pas dire non plus que c'est pour mieux rester centré sur Livia qui est encore en marge du conflit puisqu'on nous offre tout de même des scènes montrant Octave, Agrippa et consorts...

Heureusement, au bout de trois épisodes et une ellipse temporelle entraînant un changement général de distribution, la série prend davantage son rythme de croisière et se suit plus facilement (bien que les airs de famille entre certains personnages entraînent un moment d'adaptation pour distinguer la fille d'Auguste de ses nièces, par exemple). Les moyens ne sont pas faramineux à en juger par l'absence de scènes de foule mais décors et costumes sont plus que corrects et quelques détails font plaisir, comme la présence d'une statue peinte de Marcellus plutôt que totalement blanche telle qu'on a l'habitude de les voir représentées alors qu'on sait désormais qu'à l'époque, elles étaient recouvertes de pigments. La distribution est fort honnête bien que les noms les plus connus (Liam Cunnigham et Isabella Rossellini) ne font que passer. La transition à partir du troisième épisode se fait sans heurts avec des interprètes plus âgés crédibles par rapport à leurs incarnations plus jeunes (à l'exception d'Octave/Auguste/Gaius, difficile de faire le lien entre le minet des débuts et le ténébreux Matthew McNulty). Nadia Parkes et surtout Kasia Smutniak portent bien la série dans le rôle de Livia, personnage présenté comme désireuse de restaurer la République chère à son père (hum) mais également de survivre et de protéger ses enfants. On joue sur sa réputation d'empoisonneuse, pas totalement usurpée ici mais amenée de manière moins radicale que dans la légende noire. On sent toutefois que l'on n'est qu'au début de son évolution et le dernier épisode manque d'un véritable climax haletant malgré des accusations qui éclatent de parts et d'autres.

En dépit d'une époque qui n'est pas la plus originale quand il s'agit d'évoquer l'Histoire de Rome, Domina arrivait avec un angle d'attaque intéressant et les séries en costume à base de manœuvres et de luttes de pouvoir sont de toute manière toujours intrigantes. Ces huit premiers épisodes ne sont malheureusement pas à la hauteur du sujet et l'ennui n'est jamais très loin. Tout n'est cependant pas à jeter et on peut encore espérer une deuxième saison qui aura apprise des erreurs de la première et décollera pour de bon. En attendant, on peut toujours revoir Rome et tant pis pour Livie.
potion préparée par Zakath Nath, le Vendredi 21 Mai 2021, 17:52bouillonnant dans le chaudron "Séries tv".