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Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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A Serious Man
Larry Gopnik, paisible professeur de physique dans le Minnesota de la fin des années 60, voit soudain son existence bien réglée s'écrouler: sa femme demande le divorce, son frère squatte sa maison, son fils préfère fumer de l'herbe que préparer sa bar-mitzvah, un élève tente de l'acheter pour relever sa note d'examen, des lettres anonymes menacent sa titularisation... Pour comprendre pourquoi le sort s'acharne alors qu'il est un homme sérieux qui n'a rien à se reprocher, Larry va consulter trois rabbins.

Si A Serious Man a été bien reçu par les critiques françaises à sa sortie en 2009 et a depuis toujours bonne presse, il semble avoir davantage divisé le public: certains y voient le meilleur film de Joel et Ethan Coen, d'autres un monument d'ennui incompréhensible, quand il n'est pas tout simplement passé sous les radars, faute de grosses têtes d'affiche ou des habituels complices des frères au générique. Néanmoins, qu'on l'aime ou non, un film présenté par les scénaristes/réalisateurs comme leur plus personnel (ils sont de la même génération que Danny Gopnik, le fils de Larry, et aussi du Minnesota) peut difficilement être qualifié de mineur. On commence par un prologue situé dans un shtetl au XIXe siècle, entièrement joué en Yiddish où un homme ramène au foyer une vieille connaissance qui l'a aidé en chemin et que sa femme prend pour un dibbouk (un esprit malin). Ces premières minutes, sans rapport apparent avec la suite, posent néanmoins une ambiance d'incertitude complète (on ne pourra totalement trancher sur la nature du visiteur) et de crainte fondée que tout va aller mal (soit un innocent a été tué, soit le couple a attiré l'attention d'un être démoniaque et dans les deux cas on voit mal comment cela pourrait bien se terminer). Tout le reste du film va jouer sur cet aspect double, à l'image de l'expérience de pensée du Chat de Schrödinger dont Larry, prof de physique quantique, parle à ses étudiants.

Ainsi, Larry est séparé de sa femme et contraint de vivre dans un motel par celle-ci et son nouveau compagnon, l'insupportable Sy Ableman (Sy Ableman?!) mais il sera régulièrement présent au domicile et jamais totalement divorcé. Déclaré en bonne santé, il peut également couver une maladie mortelle. Clive, son étudiant recalé, a tenté de l'acheter et en même temps ne lui a jamais explicitement donné d'argent en échange d'une meilleure note... On ne saura jamais vraiment pourquoi tout à coup l'univers se déchaîne sur Larry, et on cherchera dans le film tous les indices possibles tendant vers une théorie ou l'autre (épreuve divine ou absence totale de Dieu, négligence de Larry qui n'a pas vu les signes d'alerte dans le comportement de sa famille annonciateurs de problèmes bien avant, il y a plusieurs explications possibles qui tiennent la route avec ce que l'on nous donne) ou faute à pas de chance, on peut ne pas avoir fait de mal à une mouche et hériter de tous les ennuis du monde (le film s'ouvre sur une citation du rabbin Rachi, "Accepte avec simplicité ce qui t'arrive" et un personnage enjoint le protagoniste à "accepter le mystère"). Larry, qui cherche des réponses à la fois dans la physique et dans la religion, en sera lui pour ses frais.

Les frères Coen accablent le pauvre Larry de tous les ennuis, d'un frère encombrant ramenant régulièrement les flics au domicile à un corbeau sabotant sa carrière en passant par un voisin patibulaire qui empiète sur son terrain ou encore un genre de Club Dial le harcelant pour qu'il règle le paiement de disques qu'il n'a jamais acheté. On rit plus ou moins jaune devant certaines séquences (la bar-mitzvah sous substances ou l'histoire des dents du goy) et de cette accumulation aberrante d'avanies tandis que Michael Stuhlbarg (dans le seul rôle principal de sa carrière à l'écran à l'heure où je tape ses lignes, encore un mystère) est formidable dans le rôle d'un pauvre type de plus en plus dépité et sur les nerfs, de plus en plus aux abois. La difficulté ici est de ne pas louper la déchéance graduelle, de partir trop vite et trop fort dans cette direction et de devoir continuer dans le même registre mais l'évolution est perceptible, à la fois dans son attitude et même physiquement (au travers de ses arrivées au bureau de plus en plus échevelé et mal rasé, notamment). Il est fort bien épaulé par les seconds rôles, en particulier Fred Melamed qui interprète Sy Ableman, un monument de fausse bienveillance et de vraie manipulation. On a dit à sa sortie que le casting était composé d'inconnus, ce n'est pas tout à fait vrai: si Stuhlbarg avait brillé sur les planches de Broadway, ses apparitions à l'écran étaient en effet jusque-là anecdotiques (il s'est rattrapé depuis en étant un incontournable acteur de second rôle) mais Richard Kind, qui joue son frère peut-être surdoué, assurément asocial, à la fois vulnérable et filmé comme un monstre, peut difficilement être oublié par les amateurs des six saisons de Spin City et Simon Helberg, présent le temps d'une scène où il joue le premier rabbin consulté par Larry, avait déjà une ou deux saisons de The Big Bang Theory sous la ceinture. Quoiqu'il en soit, tout le monde joue sa partition à la perfection.

Je m'inquiétais avant de lancer le film du rythme ou d'un abord trop hermétique. Dans les deux cas mes craintes n'étaient pas fondées même s'il est probable qu'il ne s'agit pas du film le plus accessible des Coen. Je n'ai pas trouvé de lenteur même si le tempo est tranquille. Ce n'est pas contemplatif et il y a une inéluctabilité dans le sort du personnage qui nous emmène sans se presser vers une fin abrupte, qui semble à la fois sortir de nulle part et dans le prolongement du reste (toujours ce double aspect, cette contradiction apparente). On voudrait par moment que Larry se secoue un peu, n'essaie pas à tout prix de rester convenable mais ce comportement est compréhensible. D'une part, le scénario s'inspire librement du Livre de Job, un des récits les plus perturbants de l'Ancien Testament dont le personnage subit les pires catastrophes sans avoir prise sur les événements, ensuite, à force de répéter qu'il n'a rien fait, on en vient à se demander si cela n'est pas justement le principal défaut de Larry (quoi que quand il agit enfin, ce n'est pas forcément bon signe). La musique douce de Carter Burwell et la photo de Roger Deakins qui magnifie ici une banlieue pavillonnaire du Minnesota, habituels collaborateurs des réalisateurs, contribuent à donner une ambiance faussement paisible à ce que l'on voit, en décalage avec les tourments du personnage.

Impeccablement écrit et joué, A Serious Man risque de ne pas séduire si l'on en attend une ligne directrice claire et des réponses, non pas aux secrets de l'univers, mais au moins à tous les questionnements du personnage principal. Il n'est cependant pas besoin d'être expert en physique quantique ou ceinture noire d'étude du Talmud pour se laisser emporter par les tracas de Larry, qu'on en accepte le mystère comme on nous y incite ou qu'au contraire on s'amuse à vouloir en décrypter le sens.
potion préparée par Zakath Nath, le Jeudi 28 Octobre 2021, 18:40bouillonnant dans le chaudron "Films".