Où suis-je?

Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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Wake Up Dead Man: Une histoire à couteaux tirés
Jefferson Wicks, monsignore affecté à une église dans le nord de l'État de New York, tient ses fidèles dans la paume de sa main. Lorsqu'il est retrouvé mort durant de la messe du Vendredi Saint, son assistant, le père Jud, un ancien boxeur, semble le coupable idéal pour les paroissiens. Benoit Blanc, attiré sur place par le mystère, prend vite conscience que le cas n'a rien d'aussi simple.

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En 2019, Rian Johnson, tout juste sorti du controversé Star Wars: les Derniers Jedi, avait remporté un joli succès avec À Couteaux tirés qui remettait le whodunit au goût du jour en le sortant des éternelles réadaptations d'Agatha Christie, en introduisant un nouveau limier excentrique et brillant, Benoit Blanc, sous les traits d'un Daniel Craig qui assurait déjà sa carrière post-007. Il ne pouvait en rester là mais signe des temps, c'est sur Netflix qu'atterriront directement les films suivants plutôt que sur grand écran. En commençant par Glass Onion, polar en temps de confinement qui pourfendait une nouvelle fois les riches hypocrites, notamment une incontournable figure muskienne bien dans son époque. Si le film réservait de bons moments, il semblait à d'autres un peu trop épouser la superficialité et la vanité de ses suspects et n'être pas aussi malin, dans sa déconstruction du genre, qu'il en affichait l'intention.

Pour ce troisième opus, Johnson change d'optique tout en gardant l'ADN de ce qui est désormais une franchise, une volonté de revisiter le whodunit en y balançant les ingrédients classiques tout en se concentrant sur un autre angle que la simple élucidation d'un meurtre impossible ou au coupable trop évident. On part avec les éléments habituels: proches de la victime introduits soigneusement ainsi que diverses motivations possibles pour un meurtre, meurtre en question commis dans une pièce où seule la victime pouvait se tenir, meurtre dans un presbytère, endroit a priori paisible mais souvent exploité par les auteurs majeurs du genre. Néanmoins, on se concentre ici moins sur l'enquête que sur Jud, ancien boxeur reconverti en vicaire, inquiet de l'influence et des méthodes de Wicks, qui tente à la fois de démontrer son innocence et faire de son mieux pour aider ses paroissiens. Le personnage est vite attachant et pourtant, parce qu'on sait que le scénariste aime tordre les figures traditionnelles, on ne peut l'exclure d'office de la liste des suspects, quand bien même Johnson avait déjà d'une certaine manière fait le coup dès son tout premier film avec une héroïne présentée comme la meurtrière involontaire de son employeur bien-aimé.

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Si l'on a droit à l'habituelle galerie de suspects oscillant de l'antipathique au ridicule avec diverses nuances de pathétique, le film joue davantage la corde de l'émotion que les précédents, avec une résolution qui n'apporte pas autant de plaisir à voir le vilain vénal et fourbe puni. Le revers de la médaille est qu'on se retrouve avec un film très long, presque 2h30, et que c'est par exemple au bout d'1h30 que vient sur le tapis quelque chose d'évident dès la 37e minute pour quiconque a lu ou vu un ou deux mystères à base de chambre close avant celui-ci. Non que cette évidence échappe à Blanc, il a ses raisons de ne pas la partager, mais entretemps on se perd dans des pistes qui sans être stériles, paraissent nous détourner de l'essentiel. Pour autant, vu le parti-pris, on ne voit pas où trancher dans le vif: un coup de fil qui commence de manière comique avec une interlocutrice intarissable ressemble ainsi juste à du remplissage pour faire rire... Jusqu'à ce que la conversation change de ton et permette d'étoffer à la fois Jud et Benoit Blanc.

Josh O'Connor dans le rôle de Jud est d'ailleurs celui qui a le plus l'occasion de tirer son épingle du jeu en jeune prêtre intègre mais tourmenté. Daniel Craig change légèrement de look, est davantage mis à mal, mais replonge dans son rôle comme dans une bonne paire de pantoufles. On sent que le reste du casting est content d'avoir été sélectionné pour la nouvelle enquête de Benoit Blanc et l'on croise notamment Josh Brolin en tyran charismatique (bien qu'il m'ait davantage fait penser à un prêcheur comme certains courants du protestantisme, surtout américain, en produisent qu'à un monsignore catholique... encore que vu ma fréquentation de la messe, qu'est-ce que j'en sais?), Glenn Close en paroissienne au-delà du dévouement ou encore Andrew Scott en auteur opportuniste. Tout le monde est savoureux mais pas tous mis en avant de la même manière: Mila Kunis met un peu de temps à avoir vraiment quelque chose à faire par exemple et l'on se dit qu'une parfaite inconnue aurait fait l'affaire sans que l'on y perde.

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Plus cadré que Glass Onion qui donnait parfois trop l'impression de se regarder être astucieux, Wake Up Dead Man, tout en affichant encore une durée conséquente qui ne lui fait pas forcément du bien, arrive à mêler harmonieusement son enquête et son ambiance gothique à un propos plus compatissant que d'ordinaire.
potion préparée par Zakath Nath, le Lundi 15 Décembre 2025, 17:37bouillonnant dans le chaudron "Films".