Où suis-je?

Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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Néro, saison 1
Néro est assassin au service de Rochemort, vice-consul de Lamartine. Une position qui lui convient très bien jusqu'à ce qu'il serve de monnaie d'échange entre son maître et une sorcière qui se met dans la foulée à traquer sa fille Perla. Contraints de fuir dans une campagne dévastée par la sécheresse et des fanatiques religieux, Néro et Perla vont devoir compter sur eux-même et des compagnons aux allégeances diverses pour s'en sortir.

Netflix devant sans cesse proposer du contenu, pardon, des séries et des films, il est aisé de passer à côté de la plupart, sans qu'on sache si c'est vraiment une perte. Ce n'est que quelques jours après sa mise en ligne que j'ai ainsi découvert l'existence de Néro, une production française suffisamment atypique pour intriguer tout en entretenant quelques craintes. En effet, malgré son action située nous dit-on dans la France de 1540, on nage ici en pleine fantasy: s'il est question de tensions religieuses par exemple, il n'y a pas la moindre mention de protestantisme qui déchaînait pourtant les passions à l'époque et les costumes aussi ne cherchent pas la rigueur historique. En fait, on est dans la lignée d'un Ladyhawke censé se passer en Italie mais qui nous plongeait dans un Moyen Âge de légende. Hormis que l'on n'est pas ici dans le conte de fées poétique et romantique: les premières minutes donnent le ton, les scénaristes ont dû lire Gagner la Guerre mais n'avaient sans doute pas les droits, ou le courage, pour se lancer dans une véritable adaptation et ont donc tricoté leur propre histoire.

On plonge donc dans un monde violent à la suite d'une crapule sans scrupules entouré d'ennemis et d'alliés temporaires et aussi peu fiables que lui. Parlons des bons points: la série, tournée dans le sud de la France, en Italie et en Espagne, flatte l’œil en laissant voir un beau patrimoine architectural. Les intérêts divergents puis convergents ou inversement des différents personnages amènent suffisamment de rebondissements, d'autant que les épisodes ne tirent pas en longueur, pour tenir en haleine. L'humour noir ne manque pas et empêche cet univers brutal de devenir trop insupportable et déprimant. En somme, il y a largement là de quoi bien s'amuser. Néanmoins il y a aussi des défauts qui viennent tempérer l'enthousiasme.

Tout d'abord, les dialogues où le problème ne repose pas dans les répliques elles-mêmes mais dans le choix de registre: familier, très actuel... Hormis chez les nobles à Ségur. L'ennui, c'est que l'on pourrait opter pour un décalage de langage entre les personnages d'un certain rang et les autres mais ce n'est pas le cas: si Rochemort semble au moins s'adapter à son auditoire, sa fille Hortense ne donne pas l'impression d'avoir reçu une éducation soignée ou de faire évoluer sa manière de parler une fois lancée sur les routes avec Néro et Perla. Ce qui rend absurde certains passages, comme lorsque Néro lui reproche, alors qu'il la fait passer pour sa femme, que sa façon de parler va griller leur couverture... et plus tard, quand Perla, qu'Hortense fait passer pour sa suivante et la fille d'un duc, s'amuse à imiter les manières d'une dame de la haute: manières dont sa "maîtresse" n'a jamais fait preuve. Si l'intrigue se suit et que cela fait plaisir de découvrir un univers hors remake ou adaptation, on comprend peu à peu qu'on se dirige vers quelque chose de conventionnel où la magie est bénéfique quoique parfois cruelle ou inquiétante face à une Église catholique qui ment au peuple pour conserver le pouvoir: magie païenne contre religion donc, pas question de sciences et de rationalité contre l'obscurantisme, les esprits cartésiens repasseront. De plus, à partir du moment où un ennemi commun se dévoile, cela simplifie grandement les objectifs de tous les autres personnages.

Le casting, en revanche, s'en sort globalement bien à commencer par Pio Marmaï qui porte sans encombre son rôle de crapule qu'on aime bien malgré tout. Alice Isaaz dans le rôle d'Hortense est desservie par l'angle adopté pour son personnage et il est donc difficile de juger si elle aurait été plus crédible avec une approche plus cohérente. Dans son premier rôle, Lili-Rose Carlier Taboury s'en tire bien, d'autant qu'on ne cherche jamais à rendre son personnage facilement sympathique et attachant, elle doit traîner un air buté la majeure partie du temps et pourtant on en vient à se soucier de son sort. Olivier Gourmet n'a pas besoin de trop en faire pour dépasser tout le monde de la tête et des épaules mais les seconds rôles sont globalement impeccables, en particulier Louis-Do de Lencquesaing en noble ambitieux. David Talbot adopte cependant un ton monotone qui contribue à ce que l'on se méfie de son personnage même lorsqu'il semble intègre.

Le compliment est très relatif mais comparé à une autre série de fantasy Netflix, américaine celle-ci, The Witcher qui s'achève bientôt, Néro n'a pas à rougir, bien au contraire. Il y a largement de la place pour une saison 2 mais avec la plate-forme, malgré les articles clamant que la série est "numéro 2 dans le monde" ou "dans le top 10 français", on sait que le renouvellement est loin d'être gagné. Il ne serait pas de refus car en dépit de ses scories, Néro démontre une envie encore trop rare d'offrir une série de dark fantasy française qu'on a envie d'encourager.
potion préparée par Zakath Nath, le Jeudi 16 Octobre 2025, 19:55bouillonnant dans le chaudron "Fantasy".