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Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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Das Rheingold - Wagner, Spotti/Roubaud, Opéra de Marseille 2026
Repoussé par les Filles du Rhin qui se moquent de son apparence, le Nibelung Alberich s'empare de l'or dont elles avaient la garde et s'en sert pour forger un anneau qui lui accorde la puissance suprême. Pendant ce temps, le Dieu Wotan, réticent à donner sa belle-sœur Freia aux géants Fasolt et Fafner en paiement de la forteresse qu'ils ont construit pour lui, est convaincu par Loge d'échanger Freia contre les richesses accumulées par Alberich grâce à son nouveau pouvoir.

Jusqu'ici, mes sorties à l'opéra s'étaient cantonnées à des œuvres célébrissimes de compositeurs italiens. Il fallait bien s'aventurer un peu plus loin et l'on ne peut pas dire que je me suis lancée dans le confidentiel, le méconnu, la production de niche, puisque hier soir, c'était Das Rheingold, L'Or du Rhin, premier volet et introduction de la Tétralogie titanesque de Richard Wagner. Ce n'en est pas moins intimidant mais les 2h30 sans entracte sont passées comme un rêve, si ce n'est pour mon postérieur qui a du affronter les rigueurs d'un strapontin bien placé mais guère confortable. Comment aborder cette adaptation d'une légende nordique où se mêlent Dieux, Géants, Nigelungen (des Nains ou des Gnomes, selon les traductions)? Où un anneau apporte l'affliction et un heaume a le pouvoir de faire changer de forme et devenir invisible (tiens ça rappelle quelque chose)? Le metteur en scène Charles Roubaud a choisi d'aborder ces conflits entre différents peuples mythologiques (les humains sont absents de ce volet) en les transformant en lutte de classes.

Au lieu des bords du fleuve, on découvre ainsi dans la première scène que l'Or du Rhin se trouve dans la banque du même nom tenue par les trois Filles qu'Alberich, humble technicien de surface, tente de séduire lourdement et sans espoir. Lassé de leurs moqueries et renonçant à l'amour (ou plutôt au désir), il décide de partir avec les lingots qui lui donneront la puissance nécessaire à asservir tout le monde et se venger du mépris qu'il a subi (qui a dit incel?). Les Dieux quant à eux résident tout en haut d'un gratte-ciel dont la baie vitrée leur permet d'apercevoir, émergeant des nuages, la superbe forteresse évoquant autant l'Empire State Building que Metropolis que les Géants leur ont construit. En riche nanti, Wotan n'entend pas tenir ses promesses de donner à ces derniers sa belle-sœur Freia (qui n'a évidemment pas eu son mot à dire dans le marché). Quant à Fasolt et Fafner, en plus d'une chevelure rousse, ils arborent des costumes aux cravates tape-à-l’œil et de longs manteaux à col de fourrure, on sent un désir d'en imposer sans avoir encore les moyens de rivaliser avec les Dieux: les milliardaires, les nouveaux riches self-made-men et les prolétaires, en somme.

Hormis Freia qui est ici victime des circonstances, personne n'est très sympathique dans cette histoire mais les ambiguïtés ne manquent pas: Alberich peut susciter la sympathie au départ mais se sert de l'anneau pour opprimer ses semblables afin d'obtenir encore plus de richesse. Wotan, Donner et Froh sont tous prêts à voler au secours de Freia une fois qu'elle est otage des Géants mais comme elle est celle qui a le pouvoir de leur accorder la jeunesse éternelle, leurs intentions ne sont peut-être pas entièrement nobles. Le rusé Loge, qui mène la danse dans la deuxième moitié de l'intrigue, est peut-être le plus sage, manipulateur mais aussi observateur lucide du drame qui débute, pas dupe de ce qui se joue et s'annonce, à la marge de tous les groupes (Alberich est son cousin, il est invité dans la conclusion à rejoindre les autres Dieux au Valhalla qu'il suit tout en les tournant en dérision).

La production est une réussite, avec de beaux décors art-déco et un apport astucieux des projections vidéos, notamment pour les transformations d'Alberich dans la troisième scène. On est chez Wagner donc la partition est exigeante mais il ne faut pas en attendre de grands airs virtuoses que le public peut applaudir à intervalles réguliers. On discerne bien une partie des fameux leitmotivs qui s'ils ne sont pas une trouvaille de Wagner, en sont sa marque de fabrique (l'influence sur le travail de John Williams pour Star Wars est bien connue et indéniable). Pour son premier Wagner, le chef Michele Spotti mène l'orchestre de main de maître, un orchestre important dont les harpistes et les percussionnistes étaient répartis dans les loges flanquant la scène. Sans grands points de comparaison (une écoute de la version Solti il y a plus d'un an), je ne peux trop juger des voix des interprètes si ce n'est que je n'ai pas entendu de couac et qu'elles m'ont semblé avoir la puissance nécessaire. Zoltan Nagy campe un Alberich sans doute trop beau gosse mais parvient à restituer son aspect frustré et inquiétant tandis que Samy Camps incarne un Loge virevoltant à la gestuelle de danseur voire de mime. Alexandre Duhamel n'est peut-être pas si imposant que cela en Wotan mais ne détonne pas alors que Yohann Dubruque en Donner rappelle de manière amusante un certain Chris Hemsworth sans que je sache si c'était volontaire ou non. Élodie Hache et et Cornelia Oncioiu ont peu à chanter en comparaison de leurs camarades mais n'en font pas moins forte impression, tout comme Patrick Bolleire (un habitué des productions marseillaises) et Louis Morvan en géants.

Aborder un monument pareil est toujours ambitieux et risqué mais la transposition est lisible même si l'on peut toujours regretter quelques petites incohérences (on dit à Donner de poser son marteau alors qu'il a les mains vides). Néanmoins, c'est visuellement séduisant, musicalement extrêmement convaincant et il est dommage que l'on n'enchaine pas dans la même veine sur le volet suivant lors de la saison à venir.
potion préparée par Zakath Nath, le Vendredi 8 Mai 2026, 22:42bouillonnant dans le chaudron "Concerts/Théâtre/Opéra/Spectacles".