Où suis-je?

Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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Cure
L'inspecteur Takabe enquête sur des meurtres sans liens entre eux si ce n'est que toutes les victimes sont retrouvées avec une croix gravée à l'arme blanche en travers de la gorge, tandis que leurs assassins sont incapables d'expliquer leur geste. Takabe croise la route d'un jeune amnésique qui semble détenir la clé de l'énigme.

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Je ne sais plus à l'occasion de quel film j'ai lu pour la première fois le nom de Kiyoshi Kurosawa dans une critique, ni qui était l'auteur de ladite critique, ni dans quel journal elle était publiée. Ce dont je me souviens cependant est que la critique était négative ou tout au moins mitigée et que son auteur ne pouvait s'empêcher d'ironiser sur le nom du réalisateur. Aucun lien de parenté avec Akira, pas la même génération, pas les mêmes genres abordés, mais qu'importe, quand on a le nom d'un génie semblait-on nous dire, on signe des chefs-d’œuvre ou l'on change de profession, peu importe si le nom en question est en fait courant. Par la suite, j'en réentendais parler, comme d'un cinéaste prolifique mais inégal, avec tout de même un paquet de films valant le coup d’œil, en tête desquelles se trouvait Cure. Réalisé en 1997 alors qu'il avait déjà une bonne petite filmo sur son CV, c'est le film qui a attiré l'attention sur Kiyoshi Kurosawa à l'international.

Cure se présente au départ comme un film noir classique mais intrigant: on y suit un inspecteur partagé entre une enquête dont il peine à faire émerger un sens et sa vie personnelle pas moins compliquée par les troubles de mémoire dont souffre sa femme. Parallèlement, on découvre le parcours d'un jeune homme étrange, amnésique, incapable de retenir la moindre information à court terme et qui pourtant sème la mort partout où il passe, entraînant ses interlocuteurs à tuer. Les deux hommes sont amenés à se rencontrer pour un affrontement psychologique à haute tension. Kurosawa instaure un rythme lent, on pourrait dire hypnotique ce qui serait tentant vu le thème du film mais il faut bien avouer que s'il y a des films où l'on ne sent pas le temps passer, Cure n'en fait pas partie. Pour autant, difficile d'en détacher les yeux alors que les personnages se dévoilent petit à petit.

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Ainsi, Takabe semble parfaitement compartimenter sa vie pour gérer deux situations difficiles en parallèle: il est suffisamment brillant pour comprendre le premier le rôle de l'hypnose (aidé par un scénario qui fait par moment progresser son enquête par de brusques bonds) et pour observer le comportement d'Oito pendant son interrogatoire, il se montre prévenant envers sa femme malade mais peu à peu la carapace se fissure jusqu'à l'aveu attendu: son surmenage est visible et la mort de sa femme serait une libération pour lui. En face, l'amnésique semble d'abord vulnérable, perdu, suicidaire: on veut penser qu'il ne sait pas ce qu'il fait, qu'il est comme ses victimes sous contrainte mais plus on avance plus il parait inquiétant et manipulateur. La fin reste d'ailleurs délibérément ambigüe, laissant spéculer qui suit un culte de mesmérisme volontairement ou le perpétue en étant soi-même influencé par un antique enregistrement.

On pense à Seven devant cet affrontement désespéré entre un flic et un tueur en série inhabituel qui ne s'achèvera pas sur une victoire du Bien mais même si certains meurtres sont marquants, c'est davantage par leur froideur que par leur inventivité glauque. Néanmoins, ils mettent à jour les aspects sombres de l'humanité car comme le rappelle un personnage, un hypnotiseur ne peut pousser à tuer si son sujet considère comme immoral de le faire. Et parce qu'on était en plein essor de la J-Horror bien que l'appartenance de Cure à ce courant est discutable, difficile de ne pas penser dans la deuxième partie à Ring et la malédiction que recèle l'enregistrement. Koji Yakusho, acteur fétiche de Kurosawa, est excellent en inspecteur à la dérive tandis que Masato Hagiwara en face de lui est un bon contrepoids, pitoyable au premier abord mais toujours maître de ses émotions tout en provoquant les pires horreurs.

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Cure peut décontenancer par sa lenteur, son opacité, mais ce polar horrifique, ni complètement rationnel ni franchement fantastique, parvient à happer grâce à une confrontation psychologique inconfortable.
potion préparée par Zakath Nath, le Vendredi 12 Décembre 2025, 16:34bouillonnant dans le chaudron "Films".