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Bienvenue sur ce blog consacré à un peu tout et n'importe quoi, mais où il sera principalement question de: Harry Potter et la fantasy en général, de romans d'aventures maritimes, de littérature, de séries télés (majoritairement des productions britanniques, mais pas que) et de cinéma!


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Ça: Bienvenue à Derry, saison 1
En 1962, à Derry, le jeune Matty Clemens disparait alors qu'il fuguait. Son amie Lily Bainbridge convainc deux camarades de classe, Teddy et Phil, de découvrir ce qui lui est arrivé alors qu'ils sont confrontés à des apparitions terrifiantes. Pendant ce temps, l'officier d'aviation Leroy Hanlon est affecté à une base aérienne voisine qui abrite un projet top-secret.

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Je suis bien consciente qu'adapter Ça de Stephen King est une gageure. Et pas seulement pour la scène injouable, infilmable et indiffusable. Jusqu'ici, le roman a été assez mal servi, d'abord par le téléfilm en deux parties de Tommy Lee Wallace qui a cependant marqué les gamins des années 90 et offert à Tim Curry l'un de ses rôles les plus marquants mais qui souffre de trop édulcorer le récit et de moyens limités. Ensuite, il y a eu le film en deux chapitres d'Andy Muschietti dont le premier film, non sans défauts, se montrait prometteur mais dont la deuxième partie s'écroulait interminablement. Une véritable série, à la narration non-linéaire comme le roman, aurait été le meilleur moyen de porter le livre à l'écran, d'autant que les spectateurs sont désormais rodés à ce type d'aller-retour et que le petit écran n'a plus peur de montrer des scènes-chocs. Hélas, la série dont il est question ici n'est pas une nouvelle adaptation susceptible de rendre enfin justice au bouquin, il faudra probablement attendre une vingtaine d'années avant qu'il en soit question, mais une préquelle aux films de Muschietti, par la même équipe.

Quel intérêt, pouvait-on se demander, de voir un cycle complet de Ça durant lequel il ne serait jamais contrarié? Aucun, évidemment, si ce n'est un plaisir sadique à voir des moutards massacrés. Ou simplement parce qu'une série permettrait enfin de faire vivre Derry et son histoire, un des points les plus attrayants du roman que ses adaptations ont, par manque de temps, eu bien du mal à retranscrire. Le projet était étrange, avec trois saisons prévues, chacune montrant un cycle antérieur au précédent. Il faudra attendre le dernier épisode pour qu'on nous fournisse une explication tirée par les cheveux pour justifier qu'il reste des enjeux.

Étonnamment, le résultat ne manque pas de qualités... Mais comporte surtout de gros problèmes, guère surprenants en fait car les films de Muschietti annonçaient la couleur. Pour les bons points, le premier épisode permet de s'en faire une idée: la bande de gamins qui se constitue n'est pas invulnérable et on le démontrera de manière brutale. Pour le reste, on se rapproche surtout d'un Stranger Things plus méchant pour ses protagonistes, où l'on reprend même l'idée de militaires jouant avec quelque chose qui les dépasse. Échange de bons procédés vu ce que Stranger Things doit à King, et un moyen de ne pas se retrouver sevré trop tôt après la fin de la série Netflix. Les gamins, contrairement à ce que l'on pouvait craindre, ne sont pas de simples succédanés des Ratés bien que l'on repère assez vite un lien de parenté censé être une révélation finale tant les chiens ne font pas des chats. En tant que série originale prise toute seule, cette saison de Bienvenue à Derry se révèle sympathique à suivre, et bénéficie qui plus est d'un générique fort réussi. L'ennui, c'est qu'on ne peut occulter que cette série n'est pas une œuvre originale.

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En tant que simple préquelle des films de Muschietti, on voit déjà les écueils. Celui, courant dans les préquelles, de faire de la surenchère car il faut donner toujours plus fort au spectateur, faisant rétrospectivement pâlir ce qui suit chronologiquement: ainsi, les exploits des Ratés ne semblent plus si exceptionnels, ils ne sont qu'un groupe de plus qui s'est opposé à Ça pour enfin parvenir à le tuer, d'une manière qui déjà dans le film était peu impressionnante. L'entité se sera donc fait contenir, repousser, botter les fesses depuis le XVIIe siècle. Le moins qu'on puisse dire c'est que peu importe ses apparitions terrifiantes, elle perd de son aura. De plus, bien que Grippe-Sou se fasse attendre, on donne encore une fois trop d'importance à son aspect de clown, quitte à perdre de vue que ce n'est pas son apparence physique véritable. Oui, on montre les Lumières-Mortes mais il n'est pas certain que les spectateurs comprennent ce dont il s'agit. Trop de gens dans cette série connaissent l'existence de Ça, s'organisent contre lui, sans que cela ne se répercute dans les films à venir (à l'exception de Mike puisant une solution inutile chez les autochtones). Au moins deux membres de la bande des Ratés auraient ainsi pu avoir des renseignements précieux d'adultes de leur famille mais non. Bonjour la cohérence.

Le plus gros problème, c'est que Muschietti a beau exploiter et développer des éléments du roman comme l'incendie du Black Spot et la présence de Dick Halloran à ce moment (caméo dans le livre, personnage-pivot ici), la série se heurte à son incapacité totale à montrer ce qu'est véritablement Ça. Il ne s'agit pas d'un simple monstre protéiforme venu de l'espace, libéré par inadvertance de sa prison et que l'on peut contraindre avec des talismans indépendamment de l'aspect qu'il prend mais une force présente dans deux dimensions à la fois, à l'instar de Cthulhu. Une entité qui n'a jamais été menacée avant de croiser le chemin des Ratés et qui est donc pour la première fois effrayée, décontenancée et blessée. Ici, à trop vouloir développer un background à son histoire sur Terre, à vouloir expliquer pourquoi elle se cantonne à Derry, faire exister Bob Gray et Mrs Kersh en tant que personnages humains avant d'être ses avatars, on la réduit plus qu'on ne l'étoffe. Elle n'est plus une présence dont les habitants de Derry sont conscients de manière diffuse sans réaliser à quelle point elle est concrète, ce qui rendait son rapport à la ville fascinant. C'est une bestiole qu'on étudie, au point de dire que si les habitants de la ville deviennent plus violents, c'est à cause de ses déjections dans l'eau! Au point de se dire, arrivé au dernier épisode de la saison, qu'Andy Muschietti comprend aussi bien Ça que le général Shaw.

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Dommage donc car malgré un recours trop paresseux aux CGI et aux même facilités (ce n'est pas effrayant de voir Grippe-Sou se précipiter sur les gens en agitant frénétiquement la tête!), cette première saison n'est pas sans attraits, bien servie par ses jeunes acteurs dont certains héritent de personnages attachants, notamment Lily, Marge et Rich mais l'entité cosmique y perd trop de plumes pour ne pas avoir un désagréable sentiment de gâchis.
potion préparée par Zakath Nath, le Mardi 16 Décembre 2025, 15:14bouillonnant dans le chaudron "Séries tv".